Face à la raréfaction des financements et à l’urgence d’améliorer la santé maternelle et infantile, des acteurs de la société civile, des religieux et des partenaires techniques ont engagé une nouvelle bataille : celle d’un plaidoyer « SMART », plus rapide, plus stratégique et plus percutant pour influencer les décisions politiques au Sénégal.
À l’heure où les défis liés à la santé reproductive, maternelle, néonatale et infantile restent préoccupants, la coalition 3CAPSANTE, en partenariat avec plusieurs organisations africaines, a organisé un atelier de renforcement des capacités axé sur le plaidoyer SMART et la redevabilité. Une rencontre stratégique destinée à transformer la manière dont les acteurs de terrain défendent les politiques de santé publique.
L’objectif affiché est clair : doter les organisations de la société civile d’outils modernes et efficaces pour influencer les décisions de financement, renforcer le suivi des engagements de l’État et mieux défendre les priorités nationales en matière de planification familiale et de santé maternelle. Pour Paul Nyachae, directeur pays de Jhpiego Kenya, cet atelier marque une étape importante dans la professionnalisation du plaidoyer sanitaire au Sénégal. « Cette rencontre a permis de renforcer les capacités des agents de plaidoyer pour mieux comprendre les politiques publiques, mais aussi les mécanismes de financement dans le domaine de la planification familiale, de la santé de la mère et de l’enfant », explique-t-il.
Selon lui, l’approche SMART représente aujourd’hui une réponse adaptée à un contexte où les ressources se raréfient et où les décideurs disposent de peu de temps. « Les participants sont désormais mieux outillés pour mener un plaidoyer plus stratégique, plus efficace et davantage orienté vers les résultats », soutient-il.
Au-delà du renforcement technique, l’atelier ambitionne également de créer une véritable coalition d’acteurs capables d’accompagner les politiques publiques du ministère de la Santé, notamment à travers la Direction de la santé de la mère et de l’enfant.
Le secrétaire général de 3CAPSANTE, Dr Karim Diop, insiste sur la nécessité de changer les méthodes traditionnelles de plaidoyer. « Le plaidoyer ne peut plus être théorique. Aujourd’hui, il faut être pragmatique, précis et convaincant. Les décideurs n’ont pas beaucoup de temps à accorder aux acteurs de terrain », affirme-t-il.
Durant quatre jours, les participants venus du Sénégal, mais également du Kenya, de l’Ouganda et du Nigeria, ont échangé sur les meilleures pratiques de plaidoyer stratégique. Pour Dr Diop, cette approche anglo-saxonne du SMART Advocacy apporte une nouvelle dynamique. « C’est une méthode plus efficace et plus efficiente, qui nous permet de mieux convaincre dans un contexte de raréfaction des ressources », souligne-t-il.
L’objectif ultime reste, selon lui, l’amélioration durable de la santé des femmes et des enfants à travers des politiques publiques mieux soutenues et mieux financées.
Dans un pays profondément attaché aux valeurs religieuses comme le Sénégal, les organisateurs estiment impossible de réussir une politique de santé sans l’implication des leaders religieux. « La religion est au socle de notre société. Nous devons travailler avec les religieux, étudier les textes avec eux et construire ensemble des messages adaptés », explique Dr Karim Diop.
L’ambition est de faire des guides religieux de véritables relais communautaires capables de sensibiliser les populations à travers les sermons, les prêches et les activités communautaires. Les organisateurs veulent ainsi promouvoir un discours fondé sur des données probantes tout en restant aligné sur les convictions religieuses et culturelles des populations.
À l’issue de cet atelier, les attentes envers les organisations de la société civile sont immenses. Les participants sont désormais appelés à porter le plaidoyer au plus près des communautés. « Le ministère de la Santé ne peut pas tout faire. La santé se construit au cœur des concessions, des quartiers et des régions », rappelle Dr Diop.
Pour les initiateurs, la réussite du plaidoyer SMART passera par la capacité des organisations communautaires à convaincre les populations, à suivre les engagements publics et à maintenir la pression sur les décideurs. À travers cette dynamique, les acteurs de la santé espèrent bâtir une mobilisation nationale plus forte autour de la santé maternelle, de la planification familiale et du bien-être des familles sénégalaises.
Mbagnick DIOUF