Longtemps considéré comme un bastion de l’Alliance pour la République (APR), le département de Podor connaît une nouvelle dynamique politique depuis l’alternance de 2024. Dans cet entretien, Dr Mouhamadou Kébé, responsable politique de l’APR à Podor et conseiller municipal à Madina Ndiathbé, revient sur le silence observé au sein de son parti, l’évolution du rapport de forces face à Pastef et dresse un regard critique sur le bilan de la municipalité à l’approche de la fin du mandat.
Depuis le départ de Macky Sall du pouvoir, le parti APR est resté très silencieux dans le département de Podor. Comment expliquez-vous ce mutisme des responsables du parti dans le département ?
Le mutisme de l’APR à Podor depuis le départ du président Macky Sall en 2024 s’explique par le changement du rapport de forces au niveau national. Depuis l’alternance, l’APR est passée du statut de parti au pouvoir à celui de parti d’opposition.
À Podor, comme ailleurs, beaucoup de responsables qui occupaient des postes dans l’administration, les projets ou les collectivités ont perdu leurs leviers d’action. Il y a donc une phase de repli, le temps de se réorganiser.
En plus de cela, un important travail de restructuration est en cours.
Après douze ans au pouvoir, l’APR traverse une période de redéfinition, avec :
- un nouveau leadership à incarner sans Macky Sall au sommet de l’État ;
- la nécessité de clarifier sa ligne politique face au nouveau pouvoir ;
- des responsables départementaux qui attendent encore les orientations nationales avant de se remobiliser.
C’est ce qui explique, en partie, le silence observé.
Le département de Podor, longtemps considéré comme un bastion de l’APR, l’est-il toujours aujourd’hui avec la montée en puissance de Pastef et du parti Kiiray ?
Pendant douze ans, le département de Podor a massivement voté pour Macky Sall et l’APR. Mais avec l’arrivée au pouvoir de Pastef, la carte politique du Fouta s’est redessinée.Peut-on encore parler de bastion ?Je dirais que Podor n’est plus un bastion verrouillé pour l’APR comme il l’était avant 2024.
Aujourd’hui, le département est davantage un territoire disputé entre :
- l’APR, qui conserve une base fidèle mais doit se réorganiser et remobiliser ses militants ;
- la nouvelle responsabilité qui cherche à consolider ses acquis ;
- le parti Kiiray, qui profite également de la dynamique du pouvoir pour s’implanter progressivement.
Vous êtes conseiller municipal dans la commune de Madina Ndiathbé. Quel bilan faites-vous du mandat du maire et de votre conseil municipal ?
Nous sommes à l’approche de la fin du mandat, c’est donc le moment des bilans. Mais je pense que c’est au maire, Demba Ba, qu’il revient de présenter le bilan officiel du conseil municipal. C’est lui qui dirige la municipalité et qui doit rendre compte devant la population.La véritable question que se posent aujourd’hui les habitants de Madina Ndiathbé est la suivante : ces cinq années ont-elles permis d’améliorer leur quotidien ?Pour ma part, je pense que non.Même si quelques réalisations ont été enregistrées, beaucoup reste encore à faire, notamment dans le Diéri.
En tant que conseiller municipal, êtes-vous satisfait du travail accompli par le conseil ?
En tant que conseiller municipal et membre de la minorité, nous ne pouvons pas changer grand-chose. Je ne peux pas dire non plus que rien n’a été fait.Lorsque l’on est minoritaire, nos suggestions sont parfois saluées par le conseil, mais elles ne sont pas forcément prises en compte.
La plupart des décisions sont préparées à l’avance, ce qui peut être frustrant.Dans la commune de Madina Ndiathbé, nous faisons encore face à des besoins urgents, notamment en matière d’accès à l’eau, de pistes rurales, de soins de santé de qualité ainsi que d’appui aux jeunes et aux femmes.Toutefois, dans son ensemble, le conseil municipal remplit ses missions régaliennes, notamment le vote du budget, les délibérations et l’adoption des projets de développement.
Pour les prochaines élections locales qui se profilent à l’horizon,comptez vous être candidat ?
Vous savez c’est difficile de répondre à ces questions car étant dans un parti politique on est tenu par la discipline de parti, mais j’ai trois bonnes raisons d’être candidat :
Dabord la Légitimité d’expérience : Conseiller depuis 2014, je connais la commune, les dossiers, les hommes.
Personne ne peut dire que je découvre la commune de Madina Ndiathbé.Ensuite la Légitimité de combat : j’ai tenu plus de 10 ans en minorité. Ça prouve que je ne suis pas là pour les avantages, mais pour la commune.et enfin Légitimité d’ambition : Après ces 12 ans d’expérience j’ai appris que si on veut faire bouger les choses et relever les défis, il faut être Maire.Tous ceci est lié à mes ambitions politiques mais il y a aussi la décision du parti.Si mon parti m’investit, je suis prêt à y aller pas pour « tenter ». Mais parce qu’après 17 ans de terrain, j’ai le devoir de proposer une alternative crédible pour Madina Ndiathbe.
Boudal NDIATH