À l’occasion du Festival CAP Rugby, Herbert Mensah, président de Rugby Afrique, revient sur l’importance de cette initiative dans le développement de la discipline sur le continent. Dans cet entretien, il souligne le rôle du rugby comme outil d’éducation, d’inclusion sociale et d’émancipation, particulièrement pour les jeunes filles. Il évoque également le potentiel économique du sport africain, estimant que son écosystème pourrait représenter 20 milliards de dollars dans les dix prochaines années. Pour lui, l’Afrique doit davantage investir dans ses infrastructures, développer le rugby en milieu scolaire et prendre en main son propre avenir sportif.
Quel est votre regard sur une initiative comme le Festival CAP Rugby ?
Herbert Mensah : Avant de répondre à cette question, je tiens à adresser mes félicitations au Sénégal. C’est extrêmement important. Nous sommes ici, sur le sol africain, et le Sénégal représente aujourd’hui l’ensemble de l’Afrique. Je tiens donc à transmettre au Sénégal toute l’affection et tout le respect du continent africain. Bravo !
Je pense que ce projet fait partie des initiatives que nous devons saluer. Nous devons féliciter les équipes de CAP, ainsi que tous les partenaires associés, notamment la FFR et l’ensemble des acteurs impliqués. Le développement du rugby passe notamment par ce type d’initiatives, qui sont essentielles. À Rugby Afrique, nous leur accordons une très grande importance. Je sais que World Rugby partage également pleinement cette vision. Il n’y a donc que des aspects positifs à retenir de cette initiative.
Selon vous, comment le rugby peut-il devenir un outil d’éducation, d’inclusion sociale et d’émancipation pour les jeunes filles africaines ?
Herbert Mensah : Tout d’abord, je pense que le rugby est le plus grand sport au monde. Le plus grand ! Et je peux vous expliquer pourquoi. Nous avons tous tendance à penser constamment au football, n’est-ce pas ? Pourtant, le football est loin d’offrir ce que le rugby propose.
Regardez ces jeunes filles extraordinaires qui se trouvent là-bas. Certaines sont très petites, mesurant environ 1,20 mètre, tandis que d’autres sont beaucoup plus grandes, mesurant 1,60 mètre ou même 1,70 mètre.
Le rugby accueille des personnes de toutes les morphologies : les plus petites comme les plus grandes, avec des tailles, des corpulences et des poids différents. Il offre à chacun la possibilité de grandir en apprenant à respecter les autres. C’est peut-être le seul sport au monde qui permet cela de cette manière.
Le rugby constitue donc un formidable levier de croissance, de changement et de développement. C’est, à mes yeux, le plus grand des sports. Alors, que faisons-nous ici avec CAP et les autres partenaires ? Nous utilisons le rugby comme un moyen de faire découvrir davantage ce sport aux jeunes.
Aujourd’hui, les jeunes ont besoin de confiance en eux. Ils ont besoin de savoir qu’ils sont acceptés. Ils ne devraient pas avoir à entendre qu’ils sont trop petits, qu’ils sont noirs ou blancs, qu’ils ont telle ou telle apparence, pour pouvoir se sentir respectés et développer leur estime de soi.
Le programme CAP, le programme de l’AFD, les actions menées par la FFR, ainsi que le travail réalisé par Coralie et par Mara, notre extraordinaire directrice générale, pour promouvoir la pratique du rugby, notamment le rugby à toucher T1, et d’autres formes de rugby auprès des enfants dans les écoles, contribuent tous à cet objectif.
Ces initiatives donnent à chaque enfant la possibilité de comprendre qu’il ou elle compte, qu’il ou elle a de la valeur. Et permettre à une personne de prendre conscience de sa propre valeur, c’est le début de la construction d’une nation. C’est donc extrêmement important.
Vous remarquerez que je ne parle même pas spécifiquement des femmes, car chacun d’entre vous a une mère. Chacun d’entre vous a des sœurs. Sans la grandeur des femmes, aucun d’entre nous ne serait ce qu’il est aujourd’hui.
L’année dernière, nous étions tous à Londres avec mon grand frère ici présent, Abdel. Nous avons assisté à une finale entre le Canada et l’Angleterre, dans un stade anglais où 81 000 personnes étaient réunies.
Personne ne devrait donc se demander si le rugby féminin est aussi formidable que le rugby masculin. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Prenons le football, par exemple. Combien de matchs de football, même ici en Afrique, attirent 80 000 spectateurs dans un stade ?
La réalité commerciale du développement du sport dans de nombreux pays passera par la place accordée aux femmes et par le développement du sport féminin.
Pourquoi est-il important d’investir dans le sport africain pour construire son avenir ?
Herbert Mensah : Dans dix ans, l’écosystème sportif africain pourrait représenter 20 milliards de dollars.
L’Afrique doit absolument prendre en main son propre développement sportif. Elle doit investir dans les infrastructures et intégrer le rugby dans les programmes scolaires nationaux.
Elle doit nouer des partenariats avec CAP, l’AFD, la Fédération française de rugby (FFR) et le Comité international olympique (CIO), afin de développer les talents et le formidable potentiel de la jeunesse africaine.
Si une partie de ces 20 milliards de dollars revient en Afrique, nous pourrons financer notre propre développement et grandir par nous-mêmes, sans devoir systématiquement chercher des financements auprès d’autres acteurs.
Boudal NDIATH