Le Sénégal veut renforcer la présence de ses langues nationales dans l’univers numérique. C’est dans cette perspective qu’a été lancé, en 2025, SenTermino, un projet de banque terminologique porté par l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN) et l’École supérieure polytechnique (ESP). Un atelier-bilan consacré à cette initiative s’est tenu ce mardi 3 novembre 2026 à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).
Le projet affiche déjà des résultats concrets. Au total, 5 000 mots ont été répertoriés en wolof, en sérère et en pulaar. La plateforme offre la possibilité de traduire les termes de ces trois langues vers le français, mais également de passer directement de l’une à l’autre. Elle dispose aussi d’une bibliothèque numérique regroupant plus de 120 ouvrages consacrés à la terminologie, en plus de ressources pédagogiques destinées à accompagner l’enseignement bilingue.
Mais l’ambition de SenTermino dépasse le simple référencement des mots. Le projet répond également à un défi stratégique lié au développement de l’intelligence artificielle : celui de la maîtrise des données linguistiques nationales et de leur intégration dans les outils numériques.
Lors de l’atelier, le professeur Moussa Diallo, l’un des chercheurs impliqués dans le projet, a illustré cette problématique à travers une expérience avec ChatGPT. Interrogée sur la traduction du mot « angle », l’intelligence artificielle a proposé « kogn », qui signifie le coin. En revanche, lorsqu’il lui a demandé la traduction de « vapoter », elle a d’abord reconnu ne pas disposer de la réponse avant de proposer une traduction.
Pour l’informaticien, cet exemple met en évidence les limites des intelligences artificielles lorsqu’elles ne sont pas alimentées par des données linguistiques produites et validées dans le contexte sénégalais. En l’absence de ressources fiables, ces outils peuvent générer leurs propres propositions terminologiques, au risque de diffuser des équivalences inexactes.
Le problème est d’autant plus important que les jeunes utilisent de plus en plus ces technologies sans nécessairement vérifier la pertinence des réponses obtenues. Le risque, selon le chercheur, est alors de laisser les intelligences artificielles construire et imposer une terminologie à la place des Sénégalais.
La constitution d’une banque terminologique suffisamment étoffée apparaît ainsi comme un enjeu de souveraineté linguistique et numérique. Avec SenTermino, l’objectif est de mettre à disposition des intelligences artificielles des ressources fiables, tout en garantissant aux langues nationales une place dans les évolutions technologiques.
Boudal NDIATH