Chaque ruelle de Thiaroye-sur-Mer porte le poids de l’absence. Près de 300 jeunes de ce quartier ont disparu dans les vagues de l’Atlantique, selon plusieurs témoignages recueillis sur place. Ces candidats à l’exil ont tenté de rallier l’Espagne à bord de pirogues de fortune, dans des conditions souvent précaires, sans gilets de sauvetage ni moyens de communication efficaces.
Dans un reportage poignant publié en 2024 par la BBC Afrique, les journalistes ont recueilli les paroles bouleversantes des familles restées sans nouvelles de leurs fils, frères ou époux. L’une d’elles, Mame Ndiaye, confiait avec douleur : « Mon fils a pris la mer il y a deux ans. Je ne sais toujours pas s’il est vivant. »
Une économie côtière en crise
La surexploitation des ressources halieutiques et la raréfaction du poisson, accentuées par l’octroi massif de licences de pêche à des flottes étrangères, ont considérablement appauvri les communautés de pêcheurs. À Thiaroye, la mer qui nourrissait autrefois les familles ne suffit plus à subvenir aux besoins. Cette crise socio-économique structurelle est l’un des moteurs majeurs des départs.
Les jeunes, confrontés à un chômage endémique et à l’absence de perspectives locales, voient en l’Europe une alternative, aussi périlleuse soit-elle. Certains affirment qu’ils préfèrent « mourir en mer que de vivre sans dignité ».
Des initiatives pour freiner l’hémorragie
Face à cette tragédie humaine, des ONG locales, des projets de réinsertion pour migrants de retour, ainsi que des programmes de sensibilisation ont vu le jour. L’Association des femmes de Thiaroye-sur-Mer, par exemple, s’emploie à dissuader les jeunes du départ en leur proposant des formations en transformation des produits halieutiques et en entrepreneuriat local.
De son côté, l’État sénégalais, par le biais de la Direction des Sénégalais de l’Extérieur, a lancé des initiatives de réintégration sociale et économique. Toutefois, ces actions peinent encore à répondre à l’ampleur et à la complexité du phénomène.
Une mémoire à préserver
À Thiaroye-sur-Mer, des murs de la mémoire ont été érigés, ornés de fresques et de noms, pour honorer les disparus et sensibiliser la communauté à la gravité de cette tragédie silencieuse. Cette mémoire collective est un appel vibrant lancé à la société sénégalaise, aux partenaires internationaux et aux décideurs politiques : agir de manière urgente et coordonnée avant que d’autres vies ne s’évanouissent dans les flots.
Boudal NDIATH