À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale célébrée ce 10 octobre 2025, coïncidant avec le 64ᵉ anniversaire du Centre National Hospitalier Psychiatrique de Thiaroye, le Dr. Ibra Diagne, directeur de la structure tire la sonnette d’alarme : « Malgré des avancées, l’accessibilité aux soins reste un défi majeur, surtout en cas de catastrophes ou d’urgences. » Il appelle à des réformes profondes, à des investissements, et à une modernisation urgente des infrastructures.
L’édition 2025 met l’accent sur : « l’accès aux services : la santé mentale en cas de catastrophe et d’urgence ».Un choix pertinent, selon le directeur, car chaque crise (épidémie, inondation, conflit, accident collectif, choc climatique…) laisse des séquelles psychologiques profondes. « En cas d’urgence, il y a des impacts psychologiques qui peuvent entraîner des troubles mentaux et perturber la vie des personnes », explique-t-il. Répondant aux questions des journalistes, le directeur estime que l’enjeu est double : « Il y a d’abord un problème d’accès géographique. En effet, beaucoup de régions ne disposent d’aucune structure de santé mentale. Il y a ensuite un problème d’accès économique. Les soins sont chroniques, coûteux et difficilement supportables pour une population souvent précaire. »
Pourtant, le Sénégal a fait des efforts mais doit aller plus loin. Le Dr. Diagne, salue ces avancées, notamment la mise en place du Centre des Opérations d’Urgence Sanitaire (COUS) qui a intégré le soutien psychosocial et les équipes mobiles lors des crises (COVID-19, inondations, etc.). Toutefois, il appelle à institutionnaliser la prise en charge post-catastrophe au niveau de toutes les structures psychiatriques, particulièrement à Thiaroye, référent national.
Cette journée dédiée à la santé mentale édition 2025 coïncide avec le 64ᵉ anniversaire de la plus ancienne structure psychiatrique du Sénégal. Un double symbole, selon son directeur. «C’est une journée de plaidoyer, de sensibilisation et de partage d’expériences et de bonnes pratiques », affirme-t-il, en rendant hommage aux professionnels qui ont œuvré pour l’hôpital depuis 1961.
Agé de 64 ans, le CHNPT est un patrimoine avec des défis énormes. Il est la structure mère de la psychiatrie sénégalaise, avec plus de 203 lits d’hospitalisation, plusieurs services spécialisés et un statut de niveau 3 (EPS). Cependant, selon le directeur, tout n’est pas rose. « Nous avons des défis à relever comme le manque d’investissements, la faiblesse du cadre stratégique et politique clair, les problèmes d’accessibilité le déficit de financement et l’insuffisance de partenariats. »
Le directeur reconnait que les consultations et les médicaments encore trop inaccessibles. La majorité des patients sont jeunes, sans emploi, précaires. Or les troubles mentaux sont chroniques, nécessitant un suivi régulier. « Les consultations sont pénibles à supporter pour les patients et leurs familles. L’accessibilité aux médicaments essentiels, notamment les psychotropes, reste difficile. »
Dr. Diagne informe qu’une nouvelle politique nationale est en cours à la Division Santé Mentale pour améliorer la disponibilité et le coût des médicaments.
Le CHNPT conserve encore son architecture asilaire d’origine, héritée de l’époque où il était une annexe de Fann, avec des services fermés et des bâtiments datant des années 1960. « Il y a une vétusté des locaux. Certains bâtiments doivent être rénovés, d’autres reconstruits pour répondre aux exigences de dignité humaine. »
Une lueur d’espoir : les nouvelles autorités ont compris l’enjeu, notamment à travers la révision de la loi 75-80, qui considérait Thiaroye comme un lieu d’isolement des malades mentaux. Le ministre de la Santé, Dr Ibrahima Sy, a instruit une modernisation globale de la structure.
La direction plaide pour des partenariats publics-privés, le développement de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), des projets innovants pour renforcer la capacité de l’hôpital. Selon Dr. Diagne « On ne peut pas tout le temps compter sur l’État ».
En célébrant 64 ans d’histoire et une Journée mondiale porteuse de sens, Thiaroye rappelle une vérité essentielle : « Sans santé mentale, il n’y a pas de santé tout court ». Pour le directeur, le combat est clair : « Rendre les soins accessibles à tous, même en temps de crise, moderniser les infrastructures, garantir la dignité des patients Impliquer l’État, les partenaires et la société. »
La santé mentale doit devenir une priorité nationale, pas seulement un slogan annuel.
Mbagnick DIOUF