Un programme ambitieux vise à renforcer la production scientifique, l’enseignement et la diffusion du savoir en langues africaines, afin de valoriser pleinement les savoirs endogènes.
L’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar s’apprête à lancer un programme intitulé « Les langues nationales dans le supérieur », destiné à promouvoir l’usage des langues africaines dans l’enseignement supérieur et dans la production scientifique.
L’annonce a été faite mercredi par Anna Marie Diagne, cheffe du département Langues et Civilisations de l’IFAN, lors de l’ouverture d’un colloque international sur les savoirs endogènes, au Musée des Civilisations noires.
« Un programme intitulé “Les langues nationales dans le supérieur” est en gestation pour favoriser la production scientifique, l’enseignement et la diffusion des connaissances en langues africaines », a-t-elle expliqué.
Selon elle, cette démarche répond à un principe fondamental : on ne peut valoriser les savoirs endogènes en négligeant les langues qui les portent. « Les langues africaines ne sont pas seulement des véhicules de communication, elles sont aussi des instruments de pensée et de création scientifique », a-t-elle souligné.
Construire une pensée scientifique en langues africaines
Mme Diagne a rappelé que les langues nationales jouent un rôle essentiel dans la structuration des représentations, la codification des pratiques et la transmission des savoir-faire. Elles constituent donc des outils indispensables pour une production scientifique enracinée dans les réalités africaines.
Dans cette perspective, l’IFAN travaille déjà à la constitution de terminologies scientifiques en wolof, pulaar, seereer, soninké et d’autres langues nationales, en collaboration avec plusieurs facultés et laboratoires universitaires.
L’institut traduit également des ouvrages pédagogiques et offre des formations bilingues aux enseignants et chercheurs, une démarche visant à faciliter la transition vers un enseignement supérieur plus inclusif linguistiquement.
Une vision décoloniale de la science
Ce programme s’inscrit dans une dynamique plus large de décolonisation du savoir. L’objectif est de faire des langues africaines des espaces légitimes de réflexion, d’innovation et de production scientifique, loin du modèle dominant basé exclusivement sur les langues étrangères.
« Les langues africaines doivent devenir des espaces de légitimation et de production des savoirs », a déclaré Mme Diagne, soulignant que cette initiative marque une étape importante dans la valorisation du patrimoine intellectuel et culturel du continent.
Boudal NDIATH