La dernière édition de l’émission Objection sur Sud FM, diffusée ce 2 novembre 2025, a plongé au cœur de la sévère crise que traverse actuellement le Mali. Invité par Baye Omar Gueye, le colonel à la retraite Babacar Diouf, spécialiste des relations internationales, a livré une analyse sans détour du contexte explosif qui secoue le pays.
Depuis plusieurs semaines, Bamako et plusieurs grandes villes maliennes sont paralysées par une pénurie aiguë de carburant. Ce blocage, provoqué par un embargo du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), a déclenché une crise en chaîne affectant tous les secteurs : files interminables devant les stations-service, coupures prolongées d’électricité, flambée des prix des denrées alimentaires et tensions autour des points de distribution de carburant. Certaines régions, comme Mopti, sont plongées dans le noir depuis près d’un mois. Établissements scolaires fermés, entreprises contraintes au télétravail, et accès prioritaire du peu de carburant disponible aux forces de défense : le quotidien des Maliens est au bord de l’asphyxie.
Pour le colonel Diouf, ce n’est pas seulement une crise énergétique. Il parle d’une « crise totale », économique, sociale et psychologique, qui déstabilise profondément la société malienne. Selon lui, la situation génère une « cascade de perturbations » : immobilisation des transports, chute brutale des activités économiques, montée de la précarité et sentiment généralisé d’insécurité. La résistance morale de la population comme des forces de sécurité est elle aussi mise à rude épreuve.
L’expert relève également des signes de tensions au sommet de l’appareil militaire malien, témoignant d’une fragilité inquiétante dans la gestion du pays. À cela s’ajoutent les recompositions géopolitiques au Sahel, la réduction de la présence des puissances occidentales, et l’incapacité de la CEDEAO et de l’Union africaine à proposer une réponse efficace. « Le Mali ne peut pas être isolé de son environnement régional. Ce qui s’y joue dépasse ses frontières », avertit-il. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire et l’ensemble de la sous-région sont, selon lui, directement exposés à un risque de contagion sécuritaire.
Face à cette situation explosive, Babacar Diouf appelle à une mobilisation urgente, militaire et diplomatique, fondée sur la solidarité régionale. Il insiste sur la nécessité de gagner la bataille de l’information pour contrer la propagande et la désinformation, et renforcer la résilience des populations. Seul un sursaut politique et une coopération renforcée entre les États africains, appuyés par les grandes puissances, pourra éviter un scénario de chaos.
Boudal NDIATH