Réunis à Dakar depuis le 3 novembre dans le cadre de la Semaine mondiale de la francophonie scientifique, journalistes, universitaires et experts ont confronté leurs expériences autour d’un enjeu majeur : la désinformation. Un phénomène global, mais dont les effets se font particulièrement sentir dans l’espace francophone.
« TV5MONDE, chaîne de la francophonie, est chaque jour mobilisée contre la désinformation », a rappelé Denise Époté, directrice de la distribution, de la communication et de la commercialisation de la chaîne. Membre de l’alliance FORFACT, TV5MONDE collabore avec France Télévisions, Radio-Canada et l’Union européenne des radiodiffuseurs pour défendre un journalisme éthique.
La chaîne multiplie les initiatives : participation à la plateforme « Vrai ou Faux », reportages pédagogiques dans 64’ et Le Journal Afrique, et bientôt la création d’un poste de référent en fact-checking.
« Face à l’intelligence artificielle, la rigueur journalistique est notre meilleure arme », a-t-elle affirmé.
Pour Benoît Bréville, directeur du Monde diplomatique, la riposte passe avant tout par la qualité de l’information.
« Nous refusons l’instantanéité pour privilégier la vérification et la contextualisation », a-t-il expliqué.
Le mensuel mène ce combat en actes, en proposant des articles signés par des auteurs reconnus et en outillant ses lecteurs pour développer leur esprit critique, notamment grâce à son Manuel d’autodéfense intellectuelle.
Mais Bréville met en garde contre une approche trop restreinte du phénomène :
« Comprendre pourquoi la désinformation prospère, c’est aussi interroger la crise de confiance envers les médias et les institutions. »
Sur le terrain africain, Paul Joël Kamtchang, fondateur du site camerounais Data-Check.org, a partagé une expérience innovante.
Son organisation a développé MyDataCheck, une intelligence artificielle accessible via WhatsApp qui permet à tout citoyen de vérifier une information.
Data-Check mise également sur la formation, la production de contenus multimédias et la recherche académique.
« La désinformation mute sans cesse : du hors contexte aux deep fakes, elle alimente une véritable guerre des narratifs », a-t-il averti, appelant l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) à jouer un rôle moteur en devenant un pôle de recherche sur ces questions.
Enfin, Mamadou Ndiaye, président du Réseau Théophraste et directeur du CESTI de Dakar, a replacé la réflexion sur le terrain de la formation journalistique.
« La première ligne de défense, ce sont les journalistes que nous formons », a-t-il insisté.
Le réseau des écoles francophones de journalisme a élaboré un livret commun pour renforcer l’éducation aux médias et réduire les inégalités entre établissements du Nord et du Sud.
Objectif : restaurer la confiance du public et outiller les jeunes face aux manipulations numériques.
Au terme de ces échanges, une conviction s’est imposée : la francophonie, forte de son réseau de médias, d’universités et d’écoles, dispose des atouts nécessaires pour transformer la lutte contre la désinformation en une véritable opportunité de coopération scientifique et citoyenne.
Boudal NDIATH