Le Sénégal traverse l’une des crises financières les plus graves de son histoire récente. Après dix-sept jours de discussions tendues, les négociations entre Dakar et le Fonds monétaire international (FMI) se sont soldées par un échec, jeudi 6 novembre. Selon un article d’Abbas Asamaan publié dans Le Monde, les autorités sénégalaises explorent désormais des solutions extrêmes pour éviter une banqueroute d’État.
Une dette devenue insoutenable
En coulisses, la situation est critique. D’après des sources financières citées par le quotidien français, l’État sénégalais a discrètement sollicité les banques locales pour rééchelonner sa dette — dont près de 60 % est détenue par le secteur bancaire national. Un signal jugé « alarmant » qui laisse entrevoir une possible restructuration, scénario redouté par les marchés régionaux.
Le pays, dont la dette atteint désormais 132 % du PIB, n’est plus qu’à trois crans du défaut de paiement, selon la notation Caa1 attribuée en octobre par l’agence Moody’s. En 2026, le service de la dette absorbera 30 % des ressources de l’État, soit un montant équivalant aux budgets combinés de l’éducation et de la santé. Les seuls intérêts devraient coûter 400 milliards de francs CFA, en hausse de 44 % par rapport à 2024.
Une politique économique jugée incohérente
Au-delà des chiffres, c’est l’absence de cohérence et de cap économique qui inquiète. Un banquier d’affaires dakarois cité anonymement par Le Monde confie :
« L’illisibilité de la politique économique du gouvernement est un facteur majeur de préoccupation. Le temps joue malheureusement contre nous. »
Cette confusion se reflète dans les décisions récentes de l’exécutif. En pleine négociation avec le FMI, le Premier ministre promettait le 27 octobre une baisse imminente du prix du courant, de l’essence et du gasoil — à rebours des exigences du Fonds, qui réclame au contraire la suppression des subventions sur l’énergie.
Une communication déconnectée du contexte
La gestion politique du dossier ajoute à la perplexité. Le président Ousmane Sonko a annoncé mercredi qu’il prenait « quelques jours de congé » pour préparer un meeting de son parti, alors que le pays traverse une tempête financière sans précédent. Un timing jugé maladroit par plusieurs observateurs, Le Monde soulignant que cette décision « risque de brouiller davantage ses intentions ».
Un engrenage économique dangereux
Privé d’accord avec le FMI, le Sénégal se retrouve face à une impasse financière.
« Sans le FMI, le Sénégal ne peut plus emprunter sur les marchés internationaux et doit se tourner vers les marchés régionaux », explique le banquier d’affaires interrogé par Abbas Asamaan.
« En somme, une dette bon marché est remplacée par une dette coûteuse : c’est un cycle infernal. »
Un dossier explosif : la dette cachée de 7 milliards de dollars
Le FMI exige désormais des « mesures correctrices » claires, dont la suppression des 250 milliards de francs CFA de subventions énergétiques prévues pour 2026. Mais l’exécutif hésite, craignant une explosion sociale dans un contexte déjà marqué par des manifestations.
Le dossier est d’autant plus explosif que plane encore l’ombre d’une dette cachée estimée à 7 milliards de dollars. Un an après sa découverte, son chiffrage définitif n’a toujours pas été achevé.
Edward Gemayel, chef de la division Afrique du FMI, parle d’un « cas inédit » :
« Le Sénégal se distingue par l’ampleur de cette dette dissimulée et par les incertitudes qu’elle fait peser sur la stabilité macroéconomique. »
Boudal NDIATH