Le Pr Maïmouna Ndour Mbaye, diabétologue et directrice du Centre Marc Sankalé, a dressé un tableau préoccupant de l’évolution du diabète dans le monde, en Afrique et au Sénégal. Une intervention forte qui appelle à une mobilisation générale autour de la prévention et de l’accès aux soins.
Une maladie non transmissible qui se propage comme une épidémie
Selon le Pr Ndour Mbaye, « Partout dans le monde, le diabète augmente à un rythme tel qu’on parle aujourd’hui d’une épidémie galopante ». Une terminologie longtemps réservée aux maladies infectieuses mais désormais utilisée pour évoquer une pathologie chronique non contagieuse. Les chiffres avancés par la Fédération internationale du diabète (FID) sont sans appel : plus de 500 millions de personnes vivent actuellement avec la maladie, un nombre qui pourrait dépasser 650 millions d’ici 2050. Le diabète a déjà quadruplé depuis 1980, et la tendance ne faiblit pas.
L’Afrique en première ligne de la crise sanitaire
Le continent africain est particulièrement exposé. «C’est en Afrique que l’augmentation de la prévalence sera la plus importante d’ici 2050 », prévient la spécialiste. Les projections sont alarmantes : 25 millions de personnes diabétiques en 2025, 60 millions en 2050, soit une augmentation de 134 % en moins de trente ans. Mais au-delà des chiffres, deux records préoccupants caractérisent la situation africaine. A en croire la diabétologue, en Afrique, le plus grand nombre de personnes ignorant leur statut : pour un diabétique diagnostiqué, deux autres s’ignorent, à cela, s’ajoute le fait que le taux le plus élevé de décès prématurés : en 2021, 77 % des décès liés au diabète en Afrique concernaient des personnes de moins de 60 ans. « Ce retard au diagnostic explique que la maladie soit souvent découverte au stade de complications déjà installées », souligne le Pr Ndour Mbaye.
Au Sénégal : une prévalence en hausse et un système sous pression
Les données nationales confirment la tendance. La première enquête de prévalence menée en 2015 avait révélé un taux de 3,4 % chez les adultes. L’actualisation effectuée en 2024 indique désormais 4,2 %, signe d’une progression constante. Le Centre Marc Sankalé, structure de référence dans la prise en charge du diabète au Sénégal, fait face à une demande croissante. En effet, note la directrice, « à l’ouverture du centre, « environ 200 nouveaux cas y étaient recensés chaque année, mais depuis les années 2000, ce chiffre est passé à plus de 2 000 nouveaux cas annuels, malgré l’absence de dépistage systématique. » précise-t-elle en soulignant que la capacité d’accueil est aujourd’hui largement dépassée : « Idéalement, chaque patient devrait avoir une consultation tous les trois ou quatre mois. Mais nous ne pouvons offrir qu’une consultation annuelle », regrette la directrice.
Des soins coûteux et des complications lourdes
Le diabète fait partie des maladies à soins coûteux, de longue durée et souvent invalidantes. Malgré les efforts de l’État avec la subvention de l’insuline et à la gratuité de la dialyse, les besoins restent énormes. Les complications observées au centre Marc Sankalé sont fréquentes et sévères : Pied diabétique, atteintes oculaires entraînant parfois la déscolarisation de jeunes patients, insuffisance rénale, avec des unités de dialyse souvent saturées. « Nous aurons beau augmenter le nombre de centres, cela ne suffira pas. La clé, c’est la prévention», insiste le Pr Ndour.
Prévenir, dépister, sensibiliser : une responsabilité collective
Le message lancé par la spécialiste est clair : la lutte contre le diabète dépasse le cadre médical. Elle interpelle les familles, les associations, les médias et l’ensemble de la société. L’Association sénégalaise de soutien aux diabétiques (ASSAD) joue, selon elle, un rôle crucial dans le plaidoyer pour que le diabète soit reconnu comme maladie sociale et dans l’accompagnement des patients. « Le mois de novembre est entièrement consacré au diabète, mais « la sensibilisation doit se poursuivre chaque jour », martèle le Pr Ndour. Cela passe par : des campagnes régulières de dépistage, des émissions d’information et surtout l’adoption de modes de vie plus sains pour prévenir la maladie ou ses complications. La directrice du Centre Marc Sankalé conclut par un appel à la mobilisation générale.
«Nous ne pourrons lutter contre cette maladie que si nous travaillons ensemble : professionnels de santé, patients, familles, médias et citoyens. C’est main dans la main que nous réussirons. »
Mbagnick DIOUF