L’Initiative Prospective Agricole et Rurale (IPAR), en collaboration avec l’OSIWA(Initiative pour une société ouverte en Afrique de l’Ouest) , a présenté, lors d’un atelier tenu à Dakar le 26 novembre, les résultats du projet « Protection des droits des femmes migrantes africaines dans les pays du Golfe et du Moyen-Orient ». Cette rencontre a rassemblé des acteurs de la société civile, des experts du secteur migratoire et des membres du corps diplomatique, venus examiner les conclusions du rapport et discuter des mécanismes de protection envisageables.
Selon Dr Laure Tall, directrice exécutive de l’IPAR, « cet atelier a pour objectif de trouver un cadre de coopération bilatéral et multilatéral afin de permettre à ces femmes africaines de pouvoir travailler dans des conditions dignes lorsqu’elles se retrouvent dans les pays du Golfe ».
Une migration essentielle mais source de vulnérabilité
La migration de main-d’œuvre demeure un moteur économique vital pour plusieurs pays africains. De nombreuses personnes, souvent peu qualifiées, quittent le continent chaque année à la recherche d’opportunités économiques. Cependant, malgré des accords bilatéraux et des cadres politiques visant à encadrer ces flux, les travailleurs migrants africains continuent de faire face à une forte exposition aux abus et à la précarité, notamment dans les pays du Moyen-Orient.
Comme l’a souligné Ndeye Coumba Diouf, chercheure à l’IPAR, « les conditions de départ sont souvent très nébuleuses. Une fois sur place, ces femmes manquent de protection de la part des autorités consulaires présentes dans ces pays. Il faut également préciser que ce n’est pas toujours de la faute de ces autorités, car la plupart de ces femmes quittent le Sénégal dans l’irrégularité, sans qu’aucune structure officielle ne soit informée ». Elle recommande une organisation officielle des départs pour sécuriser la migration féminine et réduire les abus liés au système de Kalafa.
Les femmes, premières victimes dans le secteur domestique
L’étude révèle que les femmes migrantes, largement présentes dans le travail domestique, constituent la catégorie la plus vulnérable. Travaillant dans des espaces privés difficilement contrôlables, elles sont souvent confrontées à des traitements abusifs, une réalité qui alimente régulièrement les chroniques médiatiques. Le système de parrainage « kafala », en vigueur dans plusieurs pays du Golfe, crée une dépendance totale de la travailleuse vis-à-vis de son employeur et ouvre la voie à des pratiques telles que la confiscation de passeport, la servitude domestique, les violences physiques et psychologiques, des salaires impayés et des horaires de travail exténuants. Malgré quelques réformes annoncées, les violations demeurent répandues.
Des migrations officielles, mais aussi des départs informels à risque
Si une partie des migrations s’effectue dans le cadre de conventions officielles entre États, une large proportion repose sur des réseaux de recrutement informels. Ces intermédiaires, souvent peu contrôlés, exposent les femmes à une absence totale de garanties et de recours, renforçant leur vulnérabilité dans les pays d’accueil.
Une étude centrée sur quatre pays africains
L’analyse menée par l’IPAR et l’OSIWA s’est concentrée sur les travailleuses domestiques originaires d’Éthiopie, du Maroc, de l’Ouganda et du Sénégal, principalement employées en Arabie saoudite et au Qatar. Ces deux pays figurent aujourd’hui parmi les principales destinations de la main-d’œuvre étrangère. Selon Amnesty International, l’Arabie saoudite compte environ treize millions de migrants, dont quatre millions de travailleuses domestiques, une proportion significative venant d’Afrique.
Une large mobilisation des parties prenantes
L’atelier a été marqué par la participation d’organisations de la société civile et de représentants diplomatiques. Les acteurs associatifs ont souligné la nécessité de renforcer la préparation et l’accompagnement des femmes avant leur départ, tandis que des diplomates ont mis en avant l’importance de mécanismes bilatéraux solides pour garantir la protection des migrants. Cette diversité d’acteurs a permis un débat riche et a mis en évidence la nécessité d’une approche concertée entre pays d’origine et pays de destination.



Des recommandations pour renforcer la protection
À travers le projet « Protection des droits des femmes migrantes africaines dans les pays du Golfe et du Moyen-Orient », l’IPAR et l’ISRA ambitionnent de nourrir les réflexions et d’encourager la mise en œuvre de politiques plus efficaces pour protéger les travailleuses migrantes africaines. L’objectif est de garantir davantage de dignité, de sécurité et de justice à ces femmes dont le rôle économique, souvent sous-estimé, demeure pourtant crucial.
Les recommandations soulignent notamment la sécurisation des migrations via une organisation officielle des départs et la fin du système de Kalafa, comme l’a insisté Ndeye Coumba Diouf. L’enjeu est de créer un cadre bilatéral et multilatéral permettant à ces femmes de travailler dans des conditions dignes et protégées, conformément aux propos de Dr Laure Tall lors de l’atelier.
Boudal NDIATH