Renforcer les capacités des journalistes pour une information scientifique fiable sur les OGM et la biosécurité : tel est l’objectif de l’atelier organisé par l’Autorité nationale de biosécurité (ANB) à l’intention des professionnels des médias. Une rencontre qui intervient dans un contexte marqué par des incompréhensions et des débats parfois dominés par la désinformation autour des biotechnologies modernes.
Face aux avancées scientifiques et aux nouveaux défis liés à la sécurité alimentaire, à l’agriculture durable et à la protection de l’environnement, la maîtrise des enjeux liés aux biotechnologies modernes devient un impératif. C’est dans cette perspective que l’Autorité nationale de biosécurité (ANB) a organisé un atelier de renforcement des capacités destiné aux journalistes sur le thème : « Les biotechnologies modernes et le cadre juridique et institutionnel de biosécurité au Sénégal ».
Une initiative qui vise à doter les professionnels des médias d’informations fiables et d’outils nécessaires pour mieux traiter les questions relatives aux organismes génétiquement modifiés (OGM), aux innovations biotechnologiques et aux mécanismes de contrôle mis en place par l’État.
Le Sénégal s’est engagé dans la gouvernance des biotechnologies modernes à la suite de la ratification en 2003 du Protocole de Cartagena sur la prévention des risques liés aux biotechnologies modernes. Cette démarche a conduit à la mise en place progressive d’un cadre juridique et institutionnel national. Une première étape majeure a été franchie en juillet 2009 avec l’adoption d’une loi sur la biosécurité, suivie de la création de l’Autorité nationale de biosécurité (ANB) et du Comité national de biosécurité (CNB).
En 2017, un nouveau décret a renforcé l’organisation de l’ANB en lui conférant notamment une personnalité juridique et une autonomie de gestion financière. Puis, en 2022, une nouvelle loi sur la biosécurité a été adoptée afin de prendre en compte les évolutions scientifiques et les nouvelles problématiques liées aux biotechnologies modernes.
Malgré ces avancées, des défis persistent, notamment dans la diffusion de l’information auprès du grand public.
Pour le professeur Ali Ndiaye, directeur exécutif de l’Autorité nationale de biosécurité, les journalistes occupent une place stratégique dans la compréhension des enjeux par les populations. « Très souvent, dans les journaux, à la radio et partout, on parle des biotechnologies modernes et des organismes génétiquement modifiés. Mais lorsqu’on demande ce qu’est réellement un OGM ou une biotechnologie végétale, il y a parfois des difficultés à donner la bonne information », a-t-il expliqué. Selon lui, cette formation vise à permettre aux médias de mieux comprendre ces concepts afin de jouer pleinement leur rôle de relais auprès des citoyens. « Il est important que les journalistes disposent d’informations vraies, sans rien cacher, pour pouvoir demain discuter avec n’importe quel acteur sur ces questions », a-t-il ajouté.
Interpellé sur la contribution des biotechnologies modernes à la santé, à l’agriculture et à l’autonomie alimentaire, le directeur exécutif de l’ANB invite à éviter les discours extrêmes. « Les biotechnologies ne sont pas là pour tout régler en un temps record. Elles sont là pour contribuer à ce qui se faisait déjà, améliorer les pratiques existantes et apporter des réponses plus rapides à certains défis », a-t-il précisé. Il rappelle que l’amélioration des espèces végétales et animales existe depuis longtemps à travers la sélection traditionnelle. « L’homme a toujours amélioré les variétés végétales et les races animales. Ce que la science a apporté aujourd’hui, c’est une meilleure compréhension des mécanismes génétiques, notamment des gènes responsables de certains caractères », explique-t-il.
À titre d’exemple, il cite le niébé, une culture originaire d’Afrique dont les variétés actuelles sont issues d’un long processus de sélection.
Au-delà de la sensibilisation, l’ANB attire l’attention sur un enjeu majeur : l’adoption du décret d’application de la nouvelle loi sur la biosécurité. Selon le professeur Ali Ndiaye, l’absence de ce texte limite certaines missions opérationnelles de l’Autorité. « La loi existe depuis 2022, mais le décret d’application n’a pas encore été signé. Or, ce décret est nécessaire pour entrer pleinement dans la phase pratique de régulation », souligne-t-il. Il explique que cette situation empêche notamment la mise en œuvre complète des procédures d’autorisation et de contrôle concernant certaines activités liées aux biotechnologies modernes. « Sans ce décret, il y a des missions que nous ne pouvons pas exercer correctement. Avec le décret, nous pourrons mieux encadrer les recherches, les essais et toute utilisation des biotechnologies modernes afin d’en tirer les bénéfices tout en limitant les risques potentiels », précise-t-il.
Face à cette situation, l’Autorité nationale de biosécurité dit poursuivre son plaidoyer auprès des décideurs.
Depuis son arrivée à la tête de l’institution en juillet 2024, le professeur Ali Ndiaye indique avoir engagé plusieurs démarches auprès des acteurs institutionnels, notamment les parlementaires. « Nous avons rencontré des députés pour expliquer les missions de l’Autorité et l’importance de ce décret. L’objectif est que le Sénégal puisse disposer de tous les outils nécessaires pour assurer une véritable régulation », affirme-t-il.
À travers cet atelier, l’ANB entend établir un partenariat durable avec les médias afin de promouvoir une information équilibrée sur les biotechnologies modernes.
Dans un domaine où les peurs, les rumeurs et les incompréhensions peuvent rapidement influencer l’opinion publique, les journalistes sont appelés à devenir des acteurs majeurs de la vulgarisation scientifique. L’enjeu est désormais de permettre aux citoyens de disposer d’une information claire pour participer au débat sur les choix scientifiques et technologiques du Sénégal.
Mbagnick DIOUF