Face à une forte prévalence de la tuberculose dans le district sanitaire de Touba, l’Association des Journalistes en Santé, Population et Développement (AJSPD), en partenariat avec le Programme national de lutte contre la tuberculose (PNT), a effectué une visite de terrain pour mieux comprendre les défis de la prévention, du dépistage et de la prise en charge. Entre promiscuité, diagnostic tardif et insuffisance d’équipements, les autorités sanitaires appellent à une mobilisation de tous les acteurs pour freiner la transmission de la maladie.
Mieux comprendre la réalité de la lutte contre la tuberculose afin de mieux informer les populations. Tel était l’objectif de la visite de terrain organisée dans le district sanitaire de Touba par l’Association des Journalistes en Santé, Population et Développement (AJSPD), en partenariat avec le Programme national de lutte contre la tuberculose (PNT). La délégation a rencontré le responsable du Centre de Diagnostic et de Traitement (CDT) du Centre de santé Serigne Mbacké Madina, M. Bathie Faye, ainsi que le Directeur régional de la Santé de Diourbel, Dr Mamadou Dieng, qui ont dressé un état des lieux préoccupant de la maladie dans cette cité religieuse. Une ville où les facteurs favorisent la transmission Avec sa forte densité démographique, ses nombreux rassemblements religieux, ses dahiras, ses marchés et ses moyens de transport très fréquentés, Touba constitue un terrain favorable à la propagation de la tuberculose.
En 2025, le district sanitaire attendait 1 124 cas de tuberculose. Au total, 1 048 patients ont été diagnostiqués et mis sous traitement, un niveau élevé qui confirme le poids de la maladie dans cette localité. Pour M. Bathie Faye, plusieurs facteurs expliquent cette situation. « Touba est un district à forte charge. Nous sommes dans une ville religieuse où les grands rassemblements, notamment les Magal, les ziarras et les activités des dahiras, favorisent les contacts étroits entre les populations, ce qui augmente les risques de transmission. » Au-delà de la forte promiscuité, le responsable du CDT pointe un autre défi majeur : le retard dans le recours aux structures de santé. Selon lui, de nombreux malades privilégient d’abord l’automédication ou les traitements traditionnels avant de consulter. « Beaucoup de patients commencent par consulter un praticien de la médecine traditionnelle ou se soignent eux-mêmes.
Ils pensent être guéris alors que la maladie continue d’évoluer et qu’ils contaminent leur entourage. » Une situation qui complique la prise en charge et favorise la circulation silencieuse du bacille dans la communauté. Autre difficulté soulevée lors de cette visite : l’insuffisance des équipements de diagnostic. Le Centre de santé Serigne Mbacké Madina ne dispose actuellement que de deux machines GeneXpert, alors que les besoins sont bien supérieurs. « Pour un district comme Touba, il nous faudrait au moins quatre machines. Avec seulement deux appareils, nous faisons face à un sous-dépistage. Or, lorsqu’un malade n’est pas détecté, il continue à transmettre la tuberculose dans la communauté », avertit M. Bathie Faye. Pour sa part, le Directeur régional de la Santé de Diourbel, Dr Mamadou Dieng, confirme que la tuberculose demeure une priorité sanitaire dans cette région de près de 1,5 million d’habitants.
Selon lui, la combinaison de la forte croissance démographique, de la promiscuité, de la pauvreté et parfois de conditions d’hygiène précaires favorise la persistance de la maladie. Pour l’année en cours, 646 cas étaient attendus dans la région, mais le taux de détection n’est que de 74 %. « Cela signifie qu’environ 26 % des cas échappent encore au système de santé. Notre défi est de retrouver ces personnes afin d’interrompre la chaîne de transmission. » Pour relever ce défi, la région mise sur des stratégies innovantes de recherche active des cas, avec l’appui du Programme national de lutte contre la tuberculose. Malgré les difficultés liées au dépistage, les résultats thérapeutiques sont encourageants. La région affiche un taux de succès thérapeutique de 90,99 %, preuve que les patients diagnostiqués bénéficient d’une prise en charge de qualité. Le traitement contre la tuberculose est entièrement gratuit, tout comme les examens de dépistage.
Des appuis nutritionnels sont également accordés à certains malades afin de favoriser leur rétablissement. Le taux de décès reste inférieur à 2 % dans la région, même si les autorités sanitaires ambitionnent d’atteindre, à terme, zéro décès lié à la tuberculose. L’autorité sanitaire insiste également sur la nécessité de renforcer la prévention chez les enfants vivant avec un malade tuberculeux. « Au premier trimestre 2026, seuls 23 % des enfants de moins de 14 ans éligibles ont bénéficié d’une chimioprophylaxie préventive, un niveau encore très insuffisant. » informe le Dr Dieng qui rappelle que ce traitement préventif est lui aussi gratuit et constitue un moyen efficace d’éviter que les enfants développent la maladie. Pour lui, l’élimination de la tuberculose ne pourra être obtenue sans une forte implication de tous les secteurs. « La santé ne peut pas, à elle seule, éliminer la tuberculose. Nous avons besoin de tous les secteurs, notamment des médias, pour sensibiliser les populations, encourager le dépistage précoce et lutter contre les idées reçues. »
Il rappelle également que la tuberculose est une maladie fortement liée à la pauvreté, ce qui rend indispensable une approche multisectorielle combinant santé, communication, développement social et amélioration des conditions de vie. À travers cette immersion au cœur du dispositif de lutte contre la tuberculose à Touba, les membres de l’Association des Journalistes en Santé, Population et Développement ont pu mesurer les défis auxquels sont confrontés les professionnels de santé. Cette visite, organisée avec le Programme national de lutte contre la tuberculose, vise à renforcer les capacités des journalistes afin qu’ils produisent des contenus fiables et accessibles, capables de sensibiliser les populations sur les signes de la maladie, l’importance du dépistage précoce, l’observance du traitement et les mesures de prévention. Dans une ville où les grands rassemblements humains constituent un facteur de risque permanent, les médias apparaissent plus que jamais comme des partenaires stratégiques pour casser la chaîne de transmission et rapprocher le Sénégal de son objectif d’élimination de la tuberculose .
Mbagnick DIOUF