Le rapport publié par le collectif citoyen CartograFreeSenegal met en lumière une réalité tragique : la répression violente des manifestations politiques au Sénégal entre mars 2021 et février 2024 a fait de nombreuses victimes, dont 81 % ont été tuées par balle. Ce bilan, qui fait état de 65 morts, révèle une violence disproportionnée, souvent dirigée contre des citoyens exerçant pacifiquement leur droit à manifester.
Les jeunes, qui représentent une part importante de ces victimes, incarnent les aspirations de changement et d’avenir pour le pays. La diversité des profils sociaux des tués, allant des ouvriers aux étudiants, montre que la répression ne distingue aucune classe sociale. Les ouvriers, notamment les mécaniciens, ont payé un lourd tribut, tout comme les étudiants, souvent à l’avant-garde des contestations sociales. Cette violence n’est pas un simple fait isolé, mais un symptôme de l’intensification des tensions politiques et sociales qui secouent le Sénégal.
Le cas de Bounama Sylla Sagna, âgé de seulement 14 ans, et de Mamadou Ndoye, 53 ans, illustre l’ampleur et la tragédie de ces pertes humaines. Derrière ces chiffres se cachent des vies brisées, des familles endeuillées et des communautés profondément traumatisées. Mais plus encore, ces événements soulignent l’urgente nécessité de repenser la gestion des droits civiques et de la liberté d’expression au Sénégal, un pays qui s’est longtemps targué de son modèle démocratique en Afrique.
Cette répression meurtrière soulève des questions cruciales sur l’usage de la force par les autorités, le respect des droits humains et la capacité de l’État à répondre aux attentes sociales de manière pacifique. Il devient impératif d’assurer que les responsabilités soient établies, que la justice soit rendue et que de telles tragédies ne se reproduisent plus. Ce rapport ne doit pas rester une simple statistique, mais doit servir de catalyseur pour des réformes politiques profondes et un retour à la paix sociale.
Le Sénégal, en tant que phare de la démocratie en Afrique de l’Ouest, ne peut pas se permettre de fermer les yeux sur ces dérives. La réconciliation nationale, la justice pour les victimes, et un dialogue ouvert et constructif entre les différentes forces vives de la nation sont indispensables pour restaurer la confiance et garantir que les droits humains restent au cœur de la politique sénégalaise.
Boudal NDIATH