Le Sénégal a franchi une étape majeure dans la modernisation de son état civil en numérisant et indexant 20 millions d’actes sur un objectif de 30 millions, a annoncé Aliou Ousmane Sall, Directeur général de l’Agence nationale de l’état civil (Anec), mardi, lors d’une réunion interministérielle sur la sécurité des documents officiels.
Un projet ambitieux pour un état civil digitalisé
Cette numérisation s’inscrit dans le cadre de la mise en place d’un système d’information moderne sur l’état civil. Pour accompagner ce processus, 2800 agents, 631 officiers d’état civil et 631 archivistes ont été formés. Cependant, un gap financier de plus de 68 milliards de francs CFA reste à combler pour finaliser le projet, y compris dans les représentations diplomatiques à l’étranger.
M. Sall a insisté sur l’importance de la digitalisation pour une gestion efficace et durable, tout en mettant en avant le plan « Nekkal », conçu pour moderniser l’état civil et garantir le droit à l’identité pour tous les citoyens. Actuellement, le réseau de l’état civil au Sénégal comprend 596 centres et 30 postes consulaires.
Des défis structurels majeurs
Malgré ces avancées, le système de l’état civil fait face à d’importants dysfonctionnements. Parmi les statistiques alarmantes, 409 789 élèves des cycles préscolaire et élémentaire ont été recensés sans acte de naissance en 2024, compromettant ainsi leur accès à l’éducation et à leurs droits fondamentaux.
D’autres problèmes structurels persistent :
- Absence de coordination entre les acteurs publics et privés.
- Coût élevé des jugements supplétifs et des audiences foraines.
- Infrastructures inadéquates, particulièrement dans les régions intérieures et les consulats.
- Manque de notification des naissances et décès, aggravé par l’absence de lien entre les services de la Famille et de la Santé.
Fraude et insuffisance de personnel
Le fléau de la fraude documentaire est également préoccupant : 1,72% des demandes de carte nationale d’identité sont rejetées pour cause de faux extraits de naissance, selon la Direction de l’automatisation des fichiers (Daf).
De plus, le Sénégal fait face à :
- Un manque de personnel qualifié dans les centres d’état civil.
- Des salaires insuffisants pour les agents.
- Un faible taux d’enregistrement des mariages et décès, notamment dans les régions de Kolda, Sédhiou et Kaffrine.
Face à ces défis, les autorités sont appelées à renforcer les efforts de modernisation et de sensibilisation afin d’assurer une gestion plus efficace et inclusive de l’état civil au Sénégal.
Boudal NDIATH