Dans un rapport publié par le ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique (MCTN), intitulé « Réforme dans le secteur des médias », les autorités tirent la sonnette d’alarme sur les nombreuses failles qui gangrènent l’écosystème médiatique sénégalais. Le document dresse un tableau préoccupant, marqué par une régulation obsolète, un encadrement inefficace des nouveaux médias, et une législation publicitaire dépassée.
Un secteur en pleine expansion… mais mal encadré
L’essor des technologies numériques et la prolifération des médias en ligne ont profondément transformé le paysage de l’information. Le rapport souligne que cette évolution a permis un accès large et rapide aux contenus audiovisuels, facilitant la diffusion instantanée de l’information. Toutefois, ce progrès technologique, qui aurait dû renforcer la démocratie, est devenu un terrain fertile pour la désinformation et les discours de haine, notamment en période de tensions sociopolitiques.
Des organes de régulation débordés
Le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA), créé par la loi n°2006-04 du 4 janvier 2006, reste l’unique instance de régulation des médias au Sénégal. Mais ses compétences se limitent aux radios et télévisions, excluant de fait les médias en ligne, blogs, réseaux sociaux ou web TV qui dominent désormais l’espace médiatique.
Le rapport rappelle également les limites du Code de la presse de 2017, qui, dans son article 55, restreint lui aussi le champ de la régulation aux seuls médias audiovisuels. Une inadéquation notoire à l’ère du numérique.
Le CORED sans force contraignante
Du côté de l’autorégulation, la situation n’est guère meilleure. Le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie (CORED), mis en place par les professionnels eux-mêmes, ne dispose d’aucun pouvoir de sanction. Ses avis, bien que légitimes, ne sont pas juridiquement contraignants. Pire, certains organes de presse et journalistes ignorent ouvertement ses décisions, remettant en question son autorité dans un contexte où la régulation déontologique est plus que jamais nécessaire.
Une législation publicitaire dépassée
Autre point d’alerte soulevé dans le rapport : le cadre juridique régissant la publicité. Les textes en vigueur — la loi n°64-51 de 1964 sur les affiches publicitaires et la loi n°83-20 de 1983 relative à la publicité — sont jugés totalement inadaptés aux réalités actuelles. Alors que le numérique impose de nouvelles stratégies et supports publicitaires, le secteur évolue dans une zone de non-droit qui favorise l’anarchie et la concurrence déloyale.
L’urgence d’une refonte réglementaire
Le ministère plaide pour une mise à jour en profondeur du système de régulation, afin de répondre aux défis contemporains. Cette réforme devrait garantir un équilibre entre les médias traditionnels et les nouveaux supports numériques, tout en assurant le respect des droits humains, la protection des publics vulnérables, des consommateurs et de l’environnement.
« Ce qui devrait constituer l’oxygène des médias est dans une situation d’anarchie totale », déplore le ministère, soulignant que l’encadrement du secteur est désormais vital pour l’avenir de la démocratie et de l’information au Sénégal.
Boudal NDIATH