La planification familiale reste un enjeu majeur de santé publique au Sénégal. Malgré les progrès réalisés, les besoins non satisfaits persistent, nourris par des rumeurs et des difficultés d’accès. Réunis lors d’un forum organisé par l’Association des journalistes en santé, avec l’appui de l’ONG IBP et de la Direction de la Santé de la Mère et de l’Enfant (DSME), experts, journalistes et acteurs communautaires ont échangé sur les défis et perspectives.
Dr Ndèye Awa Diagne, chef de la division planification familiale à la DSME, a dressé un état des lieux sans complaisance. Selon elle, le Sénégal affiche aujourd’hui un taux de prévalence contraceptive de 25,6 %, mais fait face à 19,1 % de besoins non satisfaits en matière de planification familiale (EDS-c 2023). L’objectif fixé à l’horizon 2028 est ambitieux : atteindre 46 % de prévalence contraceptive. « Nous avons élaboré un plan d’action national budgétisé 2024-2025, qui prévoit des interventions ciblées pour répondre à ces besoins », a-t-elle expliqué.
Dr Diagne a rappelé les bienfaits de la planification familiale : réduction de la mortalité maternelle de 17 à 35 %, protection contre les grossesses précoces, rapprochées ou non désirées, et baisse de la mortalité infantile jusqu’à 30 %. Toutefois, le retrait de partenaires majeurs comme l’USAID complique la disponibilité des produits. « Nous devons innover, mutualiser les ressources et renforcer le plaidoyer pour mobiliser d’autres financements », a-t-elle insisté.
Pour Mme Sina Diop, sage-femme d’État, l’adhésion des femmes à la planification familiale est encore trop souvent freinée par les rumeurs.
« Beaucoup arrivent au centre de santé avec des craintes nourries par les réseaux sociaux ou leur entourage. Notre rôle, c’est d’informer, de conseiller et de proposer la méthode la mieux adaptée après un examen clinique », a-t-elle précisé. Elle rappelle que chaque méthode contraceptive a une durée d’action variable : pilules à arrêt libre, dispositif intra-utérin efficace jusqu’à 12 ou 13 ans, ou autres méthodes temporaires. Mais la clé, selon elle, reste la tolérance individuelle et la bonne information, loin des préjugés et idées fausses.
Représentant l’ONG IBP, Mme Matel Sow a souligné l’importance de la communication pour lever les barrières à l’utilisation des services de planification familiale : « Nous avons choisi de travailler avec les journalistes, car vous êtes porteurs de voix crédibles. Les femmes ont besoin d’une information juste et vérifiée sur les méthodes contraceptives et leurs effets », a-t-elle déclaré. Pour IBP, soutenir les journalistes en santé, c’est contribuer à une meilleure appropriation de la planification familiale dans les communautés, et donc à l’amélioration des indicateurs de santé mère-enfant.
Le forum a ainsi mis en lumière une réalité contrastée : les progrès notables du Sénégal en matière de planification familiale, mais aussi les obstacles persistants liés au financement, à l’accessibilité et aux perceptions sociales. Entre innovations stratégiques, sensibilisation communautaire et implication accrue des médias, tous les acteurs s’accordent : la réussite passera par une mobilisation collective.
Mbagnick Diouf