Depuis avril 2024, le Président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, a manifesté à plusieurs reprises sa volonté politique d’adopter une loi dédiée à la protection des lanceurs d’alerte. Cette initiative intervient dans un contexte national marqué par de nombreux scandales liés à la corruption, au détournement de fonds publics et à la mauvaise gestion, qui ont profondément affecté la transparence, la redevabilité et la confiance du public envers les institutions.
Cette volonté politique s’inscrit dans la continuité des efforts déjà entrepris par le Sénégal pour renforcer son arsenal juridique et institutionnel en matière de lutte contre la corruption et de promotion de la transparence.
Sur le plan international et régional, le Sénégal a pris d’importants engagements, notamment à travers la ratification en 2005 de la Convention des Nations Unies contre la corruption, la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption, ainsi que le Protocole de la CEDEAO relatif à la lutte contre la corruption. Ces instruments internationaux font obligation à l’État du Sénégal de se doter d’une législation spécifique sur la protection des lanceurs d’alerte.
Sur le plan interne, plusieurs textes existent déjà, tels que la loi n° 2012-22 portant code de transparence dans la gestion des finances publiques, la loi n° 2024-08 du 14 février 2024 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, ou encore la loi n° 81-53 sur la répression de l’enrichissement illicite. La création de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) en 2012 a également permis de doter les citoyens d’un mécanisme de signalement.
Mais ces textes, bien qu’importants, demeuraient insuffisants pour assurer une protection réelle et efficace des lanceurs d’alerte en l’absence d’un cadre légal spécifique.
Une avancée majeure a été franchie le 30 juillet 2025, lorsque le Conseil des ministres a adopté le projet de loi portant sur le statut et la protection des lanceurs d’alerte, ensuite soumis à l’Assemblée nationale pour discussion et vote. À la même date, trois autres projets de loi ont été adoptés : la loi n°14-25 relative à l’accès à l’information, la loi n°12-25 portant création de l’OFNAC, et la loi n°15-25 relative à la déclaration de patrimoine.
Ces textes, votés par l’Assemblée nationale les 25 et 26 août 2025, visent à garantir la transparence et à lutter efficacement contre la corruption. Ils traduisent une volonté politique claire d’instaurer une gouvernance plus ouverte et plus responsable.
Dans cette dynamique, la Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF) a organisé une conférence publique pour sensibiliser les acteurs de la société civile et des institutions publiques sur les récentes évolutions législatives.
Pour Marie Paul Konaré, chargée de programme à la PPLAAF, « l’objectif de cette conférence est de permettre aux différents acteurs de la société d’échanger sur la loi sur le lancement d’alerte votée par le Sénégal, même si nous attendons encore son application concrète ».
Elle a salué « une avancée majeure pour le Sénégal », tout en précisant que « n’est pas lanceur d’alerte qui veut », rappelant ainsi l’importance de bien encadrer la démarche pour éviter les dérives et garantir la crédibilité du dispositif.
De son côté, le député Alioune Ndao a salué l’initiative du gouvernement et la démarche inclusive portée par la société civile. Il a toutefois plaidé pour une extension du principe de déclaration de patrimoine à tous les niveaux de l’administration. Selon lui, « la transparence ne doit pas s’arrêter aux plus hauts responsables. Elle doit s’appliquer jusqu’à la base, à tous ceux qui gèrent les ressources publiques ».
Cette rencontre, marquée par des échanges riches et constructifs, a mis en lumière le rôle crucial des lanceurs d’alerte dans la consolidation de la démocratie et de la bonne gouvernance. Si le Sénégal franchit un pas décisif, les acteurs présents ont insisté sur la nécessité d’une application rigoureuse et inclusive de la loi pour qu’elle devienne un véritable outil au service de la transparence et de la justice sociale.
Boudal NDIATH