Des habitants regroupés au sein de l’association AAR Lac Rose ont de nouveau battu le pavé mardi pour protester contre le projet urbain du groupe Casa Orascom. Arborant des brassards rouges, ils ont emprunté l’axe principal traversant la zone afin d’exhorter les autorités à mettre fin au projet « Ville Verte », qu’ils jugent menaçant pour l’écosystème du Lac Rose.
Selon les populations mobilisées, ce projet réalisé en partenariat avec la Délégation générale à la promotion des pôles urbains (DGPU) met gravement en péril l’environnement du site et compromet les activités économiques locales, en particulier l’exploitation du sel et le tourisme, qui constituent les principales sources de revenus des communautés environnantes. Elles redoutent même que le lac disparaisse à terme si le chantier se poursuit.
Un projet ambitieux mais contesté
Prévue sur une superficie de 216 hectares, l’initiative de Casa Orascom vise la construction de près de 18 000 logements durables dans la zone du Lac Rose. Mais depuis l’annonce du projet, la contestation enfle à Niague et dans les localités voisines. Hôteliers, exploitants de sel, antiquaires, marchands ambulants et autres acteurs économiques s’unissent désormais pour défendre leur activité et leur cadre de vie.
Pour Ibrahima Mbaye, président du collectif AAR Lac Rose, et Dr Amath Wade, porte-parole du jour, la dénomination « Ville Verte » est inappropriée. Selon eux, la zone bénéficie déjà d’importantes initiatives de reboisement menées par les populations locales, qui ont permis de planter des milliers de filaos. « Venir parler ici de Ville Verte est inopportun », ont-ils martelé, mettant en garde contre les « conséquences dramatiques » possibles sur l’environnement et sur les habitants présents depuis des générations.
Une menace sur l’économie locale
« Plus de 40 000 personnes dépendent des activités liées au Lac Rose », a rappelé le Dr Amath Wade, soulignant que le site constitue le principal pôle économique de la commune. « Détruire les dunes et la ceinture de filaos reviendrait à tuer le tourisme. Ce qui attire ici, c’est la couleur unique du lac, les dunes de sable et la forêt de filaos : des merveilles naturelles qu’il faut préserver », a-t-il insisté dans la déclaration prononcée à l’issue de la marche.
Des engagements officiels rappelés
Les manifestants ont également dénoncé un changement d’orientation dans la gestion du pôle urbain du Lac Rose. Ils ont rappelé les promesses de Seydou Sy Sall, premier délégué aux pôles urbains, qui affirmait que le site ne deviendrait pas un « Diamniadio bis » et qu’il accueillerait des infrastructures compatibles avec son écosystème sensible — à la fois maritime, lacustre, dunaire et humide.
Ils ont aussi cité les propos de Diène Farba Sarr, ancien ministre chargé du Cadre de Vie, pour qui le Lac Rose devait devenir « la nouvelle destination touristique du Grand Dakar », orientée vers un tourisme haut de gamme.
Déterminée à poursuivre son combat, l’association AAR Lac Rose en appelle au président Bassirou Diomaye Faye et au Premier ministre Ousmane Sonko pour stopper ce qu’elle qualifie de « boulimie foncière » et réaffirmer la vocation touristique du Lac Rose.