Le Sénégal donnera, ce 25 novembre 2025 à Gorée, le coup d’envoi officiel de la campagne internationale des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles, une mobilisation mondiale qui s’étend jusqu’au 10 décembre, Journée internationale des droits de l’homme. Placée cette année sous le thème « Ensemble pour mettre fin à la violence numérique », l’édition 2025 met en lumière l’un des fléaux les plus préoccupants de l’ère numérique : la multiplication des abus, menaces, harcèlements et pratiques misogynes en ligne.
Depuis 1991, les 16 jours d’activisme constituent un appel mondial à l’action pour prévenir et éliminer les violences faites aux femmes et aux filles. Pourtant, les chiffres restent alarmants : à l’échelle mondiale, près d’une femme sur trois a déjà subi des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie. Et au Sénégal, la situation ne montre aucun signe d’amélioration. Selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), les violences basées sur le genre sont passées de 27 % à 31,9 % en cinq ans. Le mariage d’enfants affecte encore 12 % des filles, et l’excision demeure très répandue dans certaines régions, dépassant parfois 70 %, malgré une moyenne nationale de 20,1 %.
Pire encore, le pays a enregistré 8 féminicides entre janvier et juillet 2025, dont celui, tragique, d’une fillette de 12 ans violée puis tuée le 1er janvier à Malika (Banlieue de Dakar).
Avec l’explosion des usages numériques, les violences en ligne sont devenues un nouveau terrain d’agression et de contrôle des femmes. Harcèlement, chantage à l’image, diffusion de contenus intimes, campagnes de dénigrement, etc. Les technologies, notamment l’intelligence artificielle générative ont amplifié et diversifié les formes d’abus. Les femmes les plus exposées sont celles visibles dans l’espace public : journalistes, militantes, influenceuses, artistes, responsables politiques, dont les voix sont régulièrement ciblées, discréditées ou réduites au silence par des attaques coordonnées. Ces violences ont des conséquences profondes : anxiété, isolement, risques physiques hors ligne, voire féminicides. Elles limitent aussi la participation des femmes à la vie publique, créant un cercle vicieux d’autocensure.
Le dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU est formel : l’IA et les outils numériques sont aujourd’hui utilisés pour propager de la désinformation ciblée qui renforce les normes sexistes, normalise les violences et accentue les discriminations. De fausses images générées par IA, utilisées pour humilier ou manipuler, se multiplient à grande vitesse.
Au Sénégal, malgré les efforts de la Division spéciale de la cybercriminalité (DSC) et les lois existantes dont la criminalisation du viol et de la pédophilie (loi 2020-05), les mécanismes de signalement restent difficiles d’accès, et l’impunité demeure une réalité quotidienne.
La campagne s’inscrit également dans les engagements du gouvernement portés par l’Agenda national de Transformation Sénégal 2050 et par la Stratégie numérique du Sénégal – New Deal Technologique, lancée en février 2025. Cette vision place la souveraineté et la sécurité numériques au cœur des priorités nationales.
Pour cette édition, l’ambition est claire. Il s’agit de mieux faire connaître les mécanismes de la violence numérique, de renforcer les capacités des forces de l’ordre, des acteurs communautaires et institutionnels, d’encourager les décideurs à construire un environnement numérique plus sûr, équitable et protecteur pour les femmes et les filles. La campagne mettra également l’accent sur la prévention, le plaidoyer, l’accès aux services de prise en charge et la lutte contre la stigmatisation qui décourage trop souvent les victimes de se manifester.
La campagne des 16 jours d’activisme 2025 vise ainsi à créer un moment de mobilisation collective, pour rappeler que la violence qu’elle soit en ligne ou hors ligne, constitue une atteinte grave aux droits humains et un obstacle majeur au développement du pays.
Mbagnick DIOUF