Quatre-vingt-un ans après le massacre du 1er décembre 1944, la vérité sur l’exécution des Tirailleurs sénégalais reste enfouie sous le sol de Thiaroye. Invité ce lundi sur Africa Radio par Keisha Mougani, l’archéologue Moustapha Sall, président de la sous-commission chargée des fouilles menées entre mai et octobre, a dressé un constat glaçant : les premières recherches confirment la violence du drame, mais soulèvent encore plus de questions que de réponses.
« Il y a aujourd’hui plus de zones d’ombre que de certitudes », reconnaît le chercheur, évoquant la principale difficulté des investigations : l’accès aux preuves. Les archives sont rares, parfois « caviardées », et certaines demeurent toujours classées « top secret ». Quant aux témoignages des habitants, ils désignent des lieux multiples, compliquant la reconstitution précise des faits.
Privés de documents fiables, les scientifiques se tournent vers le sol, ultime témoin du massacre.
Les tombes fouillées contredisent la version officielle
Les premières fouilles de 70 tombes ont livré des découvertes macabres, en totale contradiction avec l’idée d’une sépulture militaire organisée.
Première certitude apportée par les archéologues : les tombes sont postérieures au massacre, ce que révèlent les dimensions et la structure des fosses.
Les restes humains exhumés montrent deux modes opératoires distincts, chacun révélant des actes de violence extrême :
- Dans une première rangée, des corps de soldats retrouvés en tenue complète, dont « certains étaient attachés, les pieds étaient ligotés ».
- Dans une seconde zone, les corps placés dans des coffrages en bois présentent des mutilations graves : « Il manque énormément d’éléments : des côtes, de la colonne vertébrale, du bassin », décrit Moustapha Sall.
Ces constats renforcent la thèse d’exécutions sommaires et de traitements inhumains, loin de toute gestion militaire ordonnée.
Une enquête élargie et des technologies de pointe mobilisées
Face à ces révélations, la commission d’archéologie va élargir le périmètre d’investigation. Les fouilles ne se limiteront plus au cimetière actuel : le camp militaire, le foirail et les écoles environnantes seront désormais inclus dans la zone d’enquête.
Pour cette nouvelle phase, les experts utiliseront un radar à pénétration du sol, permettant de cartographier le sous-sol avant tout sondage.
Parallèlement, la génétique pourrait apporter des réponses décisives : des prélèvements dentaires ont été effectués sur sept squelettes pour tenter de les identifier grâce à leur empreinte ADN.
Boudal NDIATH