Lomé, la capitale togolaise, accueille depuis ce mardi 16 décembre 2025 la 14ᵉ Réunion annuelle du Partenariat de Ouagadougou (PO). Placée sous le thème : « Accélérer le financement domestique des DSSR : quelles stratégies pour un engagement durable ? », cette rencontre régionale majeure marque un tournant décisif vers la souveraineté sanitaire en Afrique de l’Ouest francophone.
À l’ouverture des travaux, la gouverneure du District autonome du Grand Lomé, Mme Zouréhatou Kassah-Traoré, a souhaité la bienvenue aux délégations des neuf pays membres du partenariat ainsi qu’aux partenaires techniques et financiers. Elle a salué le choix de Lomé, carrefour sous-régional et espace de concertation, comme un témoignage de confiance envers le Togo et son engagement en faveur du capital humain.
Dans un contexte de population majoritairement jeune et de forte croissance démographique, la gouverneure a souligné le rôle central des collectivités territoriales dans la sensibilisation communautaire et la mise en œuvre des politiques de santé sexuelle et reproductive, en étroite collaboration avec l’État et les partenaires. Elle a exprimé le vœu que cette rencontre débouche sur des recommandations concrètes au profit des femmes, des adolescents et des jeunes.
Des acquis fragilisés par la baisse des financements extérieurs
Intervenant au nom du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), Mme Élise Kakam a rappelé que le Partenariat de Ouagadougou, lancé en 2011, a constitué un tournant historique pour la planification familiale en Afrique de l’Ouest francophone. Grâce à une coordination régionale renforcée et à une appropriation nationale croissante, des millions de femmes ont pu accéder aux méthodes modernes de contraception. Cependant, ces avancées sont aujourd’hui menacées par la contraction des financements internationaux, la réorientation stratégique de certains partenaires et les contraintes budgétaires internes. « À partir de 2026, les pays du partenariat feront face à une réduction progressive des donations externes en produits de planification familiale, une baisse qui sera plus marquée dès 2027 pour les pays jugés capables de mobiliser davantage de ressources domestiques, dont le Bénin, la Côte d’Ivoire, la Guinée, la Mauritanie et le Sénégal. » Avertit-elle.
Face à cette nouvelle donne, l’UNFPA appelle à accélérer la transition vers des mécanismes de financement durables et autonomes. Mme Kakam a notamment mis en avant le mécanisme de match-fund, saluant l’exemple du Togo qui a mobilisé 326 000 dollars en 2025, grâce à son engagement budgétaire national.
Le financement domestique, un choix de souveraineté
Pour Mme Marie Ba, directrice de l’Unité de coordination du Partenariat de Ouagadougou (UCPO), le thème de cette édition est à la fois urgent, stratégique et profondément politique. Dans un contexte de crises multiples et de besoins croissants en santé sexuelle et reproductive, elle a appelé les États à faire le choix de l’autonomie sanitaire et de l’investissement dans les femmes et les jeunes. « Accélérer le financement domestique n’est pas un slogan, c’est un choix de souveraineté », a-t-elle affirmé, rappelant que la santé sexuelle et reproductive n’est pas un coût mais un investissement à fort rendement pour le développement économique et social. Mme Ba a insisté sur la nécessité de sécuriser les lignes budgétaires nationales, d’améliorer l’efficience des dépenses, d’intégrer pleinement les DSSR dans la couverture sanitaire universelle et de renforcer la redevabilité. L’objectif régional reste ambitieux : « atteindre 13 millions d’utilisatrices additionnelles de méthodes modernes de contraception d’ici 2030. » Conclut-elle.
« La planification familiale est une infrastructure de développement »
Dans une allocution très remarquée, Dr Michel Sidibé, ancien ministre de la Santé du Mali a souligné que l’accueil de la RAPO 2025 par le Togo constitue un choix politique fort. Pour lui, la planification familiale dépasse le cadre sanitaire : « elle est un marqueur de souveraineté, un levier stratégique de développement économique et un droit fondamental pour chaque femme. Si l’Afrique ne finance pas la santé de ses populations, personne ne le fera à sa place », a-t-il averti, appelant à un changement de paradigme et à un investissement domestique courageux, même modeste mais régulier. Il a plaidé pour une approche où la démographie est anticipée et maîtrisée, condition essentielle pour l’éducation, l’emploi et la stabilité des États.
Le Togo réaffirme son leadership
Clôturant la cérémonie d’ouverture, le ministre togolais de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances, M. Jean-Marie Koffi Tessi, a réaffirmé l’engagement du Togo à faire de la santé sexuelle et reproductive un pilier du développement centré sur le capital humain. Il a mis en avant les réformes engagées, notamment l’intégration progressive de la planification familiale dans les budgets nationaux, le renforcement des soins intégrés mère-enfant et la mobilisation du secteur privé et des communautés. « Accélérer le financement domestique, ce n’est pas seulement augmenter les budgets, c’est affirmer notre souveraineté sanitaire », a-t-il déclaré avant de lancer officiellement les travaux de la RAPO 2025.
Une rencontre décisive pour l’avenir
Prévue du 16 au 18 décembre 2025, la 14ᵉ Réunion annuelle du Partenariat de Ouagadougou se veut un espace de vérité, de courage et d’engagements concrets. À Lomé, les pays membres entendent poser les bases d’un financement durable des DSSR, afin de garantir à chaque femme et à chaque jeune le droit de décider librement de sa santé et de son avenir.
Mbagnick DIOUF envoyé spécial à Lomé