Face à la baisse des financements extérieurs, la 14ᵉ Rencontre annuelle du Partenariat de Ouagadougou (RAPO) s’impose comme un tournant stratégique. Représentante du Directeur de la Santé de la mère et de l’Enfant (DSME) du ministère sénégalais de la santé et de l’hygiène publique, le Dr Ndeye Awa Diagne plaide pour une accélération du financement domestique de la santé sexuelle et reproductive, fondée sur des mécanismes innovants, une meilleure optimisation des ressources et un engagement fort des États. Pour docteur Diagne, le thème retenu cette année par la RAPO – accélérer le financement domestique de la DSSR et définir des stratégies pour un engagement durable – arrive à point nommé. « La rencontre tombe à pic », souligne-t-elle, dans un contexte marqué par le retrait de certains partenaires techniques et financiers et l’annonce de baisses de subventions.
Cette situation oblige les pays du Partenariat de Ouagadougou à repenser leurs modèles de financement de la santé sexuelle et reproductive. « C’est l’occasion de réfléchir ensemble aux mécanismes qui nous permettront de financer nous-mêmes nos efforts de santé», explique la gynécologue, insistant sur la nécessité de mobiliser des ressources domestiques et d’explorer des stratégies de financement innovantes.
Réunis à Lomé, les pays membres du Partenariat de Ouagadougou partagent leurs expériences respectives en matière de financement de la santé de la reproduction. L’objectif est clair : capitaliser les bonnes pratiques pour permettre à chaque pays de s’en inspirer et de les adapter à son contexte national. « À l’issue de cette rencontre, nous allons pouvoir tirer des enseignements concrets et voir dans quelle mesure financer de façon raisonnable et durable la santé de la reproduction », affirme Dr Diagne. Pour elle, l’optimisation des ressources existantes est aussi cruciale que la recherche de nouvelles sources de financement.
La représentante du DSME attend de cette 14ᵉ rencontre des solutions pratiques et opérationnelles. « Nous voulons des propositions concrètes qui nous permettront d’avancer sur le financement de la SR », insiste-t-elle. La santé de la reproduction, rappelle-t-elle, doit être reconnue comme une priorité au plus haut niveau des États. Cela passe par son institutionnalisation dans les politiques publiques, la définition de stratégies innovantes adaptées aux réalités nationales, mais aussi par l’implication de l’ensemble des parties prenantes : gouvernements, partenaires, société civile et communautés.
Le Sénégal face au défi du financement durable
Au Sénégal, des efforts notables ont déjà été consentis pour combler le gap de financement en santé de la reproduction. Malgré le retrait de certains partenaires, d’autres appuis ont permis de soutenir la mise en œuvre de stratégies clés, notamment en matière de disponibilité des produits de planification familiale. « Ces appuis nous permettent de juguler le déficit de financement en planification familiale », souligne Dr Diagne. Par ailleurs, l’État sénégalais a pris plusieurs mesures internes, allant de la mobilisation accrue des ressources à la réorganisation du budget, en passant par l’optimisation de financements innovants.
À travers les échanges de Lomé, la RAPO 2025 ouvre la voie à une réflexion profonde sur la souveraineté sanitaire des pays membres. Pour le Dr Ndeye Awa Diagne, l’enjeu est désormais de transformer les engagements en actions concrètes afin d’assurer un financement durable de la santé sexuelle et reproductive, condition indispensable à l’amélioration de la santé des femmes, des mères et des enfants dans l’espace du Partenariat de Ouagadougou
Mbagnick DIOUF Envoyé spécial à Lomé