Members of police forces and emergency services help 175 migrant people on board a boat, upon its arrival at Restinga port on the Canary island of El Hierro on August 18, 2024. Spain's left-wing government is grappling with a major upsurge in migrant arrivals, notably in the Canary Islands, which has left the Atlantic archipelago feeling increasingly abandoned by Madrid and Brussels. Not a day passes without Spain's coastguard rescuing at least one troubled boat carrying dozens of African migrants towards the islands which are located off the northwestern coast of Africa. The rising numbers have prompted Prime Minister Pedro Sanchez's latest diplomatic foray into West Africa where on August 27 he begins a three-day visit to the main countries concerned: Mauritania, The Gambia and Senegal. (Photo by Antonio Sempere / AFP)
À contre-courant de la majorité de ses partenaires européens, l’Espagne s’apprête à mettre en œuvre un vaste plan de régularisation des migrants en situation irrégulière. Adoptée mardi en Conseil des ministres, la mesure pourrait bénéficier à près de 500 000 personnes, selon le gouvernement, et vise à soutenir la croissance économique tout en renforçant la cohésion sociale.
« Aujourd’hui est un jour historique pour notre pays. Nous renforçons un modèle migratoire fondé sur les droits humains, l’intégration et le vivre-ensemble, compatible avec la croissance économique et la cohésion sociale », s’est félicitée la ministre des Migrations et porte-parole du gouvernement, Elma Saiz, à l’issue de la réunion.
Le dispositif concernera les migrants arrivés en Espagne avant le 31 décembre 2025 et présents sur le territoire depuis au moins cinq mois. Les demandes pourront être déposées entre avril et le 30 juin. Les bénéficiaires auront la possibilité de travailler dans tous les secteurs et sur l’ensemble du territoire national.
Un décret royal pour contourner l’obstacle parlementaire
Faute de majorité au Parlement, le gouvernement de gauche dirigé par Pedro Sánchez a opté pour l’adoption d’un décret royal, un mécanisme juridique qui permet de mettre en œuvre la réforme sans vote des députés.
Début janvier, le chef du gouvernement avait déjà défendu un « modèle migratoire légal, sûr, ordonné, mais aussi ouvert et humain », soulignant que l’immigration avait contribué à 80 % de la croissance économique espagnole au cours des six dernières années.
Un argument renforcé par les derniers chiffres du chômage publiés mardi : le taux est passé sous la barre des 10 % au quatrième trimestre 2025, une première depuis 2008. Cette amélioration est en grande partie portée par les emplois occupés par des travailleurs étrangers, avec 52 500 nouveaux postes, contre 23 700 pour les nationaux.
Une réalité migratoire structurelle
L’Espagne demeure l’une des principales portes d’entrée de l’immigration en Europe, aux côtés de l’Italie et de la Grèce. En 2025, près de 37 000 migrants irréguliers sont entrés sur le territoire espagnol, un chiffre en forte baisse par rapport à 2024 (-42,6 %), selon le ministère de l’Intérieur.
D’après l’Institut national de la statistique, plus de sept millions d’étrangers vivent aujourd’hui en Espagne, sur une population totale de 49,4 millions d’habitants. En novembre 2024 déjà, une réforme avait prévu la régularisation de 300 000 personnes par an sur trois ans afin de répondre aux exigences européennes et de freiner le vieillissement démographique.
La nouvelle mesure devrait bénéficier en priorité aux migrants latino-américains, qui représentent 91 % des 840 000 personnes actuellement en situation irrégulière, selon le think tank Funcas.
Soutiens à gauche, levée de boucliers à droite
La décision intervient après des discussions avec le parti de gauche radicale Podemos, désormais critique à l’égard du gouvernement. « Les papiers, ce sont des droits », a rappelé la députée européenne Irene Montero.
À droite et à l’extrême droite, en revanche, la réforme suscite une vive opposition. Le chef du Parti populaire (PP), Alberto Núñez Feijóo, a dénoncé une politique migratoire « insensée », accusant le gouvernement de vouloir détourner l’attention après la tragédie ferroviaire du 18 janvier qui a fait 45 morts dans le sud du pays.
De son côté, le leader du parti Vox, Santiago Abascal, a fustigé une mesure qu’il considère comme un « appel d’air », accusant Pedro Sánchez de vouloir « remplacer le peuple espagnol ».
Une revendication citoyenne de longue date
Cette réforme s’inscrit dans le prolongement d’une initiative populaire soutenue par plus de 600 000 signatures et quelque 900 associations, qui réclamaient une régularisation exceptionnelle de l’ensemble des migrants sans papiers vivant en Espagne.
Avec ce plan ambitieux, Madrid assume une ligne politique résolument distincte sur la question migratoire, en faisant de l’intégration des migrants un levier économique et social, au risque d’accentuer les fractures politiques internes.
Boudal NDIATH