Partie au Maroc avec un projet d’études, Fatima Wellé y a finalement bâti une trajectoire de vie. Installée depuis plus de huit ans à Mohammedia, cette ancienne journaliste sénégalaise s’est imposée comme une entrepreneure influente au sein de la diaspora subsaharienne, développant des activités dans la coiffure, la restauration, le voyage et le transport, tout en investissant activement au Sénégal. Son parcours illustre une autre facette de l’émigration : celle qui crée de la valeur de part et d’autre des frontières.
Des racines fortes, un héritage de femmes courageuses
Originaire du département de Podor, plus précisément du village de Madina Ndiathbé, Fatima Wellé est née dans le Walo, une région profondément ancrée dans l’histoire du Sénégal. Elle revendique l’héritage des femmes de Nder, figures de bravoure et de résistance dans la mémoire collective.
Arrivée au Maroc pour poursuivre ses études, Fatima Wellé découvre rapidement un environnement social qu’elle juge accueillant. Après sa soutenance, elle travaille dans un centre d’appel. Mais l’expérience salariale ne comble pas son envie d’indépendance. Elle observe, identifie des besoins non couverts, puis décide de se lancer dans l’entrepreneuriat.
« Mon intégration n’a pas été compliquée. Ici, les gens sont respectueux. Et pour entreprendre, il existe des dispositifs d’accompagnement. Même sans carte de séjour, avec un passeport, on peut créer son entreprise », explique-t-elle.
La Marmite de Yawa : quand la crise devient opportunité
La pandémie de Covid-19 marque un tournant. Confinement, restaurants fermés, diaspora isolée : le contexte est difficile, mais Fatima Wellé y voit une opportunité. À Mohammedia, l’offre de restauration africaine est quasi inexistante alors que la communauté sénégalaise est bien présente. Elle lance La Marmite de Yawa, un restaurant de cuisine africaine pensé d’abord pour répondre à un besoin communautaire, puis pour séduire une clientèle marocaine curieuse de nouvelles saveurs.
Le concept fonctionne. Le restaurant décroche des marchés lors d’événements, notamment à Marrakech, où Fatima rencontre Adama Ariche Ndiaye, aujourd’hui partenaire clé du projet. Ensemble, elles professionnalisent l’activité et élargissent la clientèle.



Coiffure africaine : entreprendre pour représenter
Parallèlement, Fatima Wellé investit dans la coiffure africaine. L’objectif n’est pas seulement commercial. Il est culturel. « Je voulais que les femmes africaines puissent se faire coiffer selon leurs styles, mais aussi permettre aux Marocaines et aux autres nationalités de découvrir nos coiffures », explique-t-elle.
Ce salon devient un espace de rencontre, de discussion et parfois d’entraide pour les femmes de la diaspora. L’entrepreneuriat prend ici une dimension sociale : créer de l’emploi, valoriser une identité, tisser des liens.

Investir au Sénégal : le choix du retour par l’économie
Loin de rompre avec son pays, Fatima Wellé a étendu ses activités au Sénégal. Elle a investi dans une agence de voyage opérant entre Dakar et le Maroc, facilitant la mobilité entre les deux pays. Elle est également à la tête de Wa Keur Cheikh Travel, une entreprise spécialisée dans le transport et l’accompagnement des pèlerins sénégalais qui se rendent au Maroc pour le Ziar annuel.
À Dakar, elle a aussi investi dans le pressing, participant à la création d’emplois locaux. « Investir au Sénégal, c’est ma manière de contribuer au développement socio-économique du pays. La diaspora doit être un levier, pas seulement une source de transferts d’argent », estime-t-elle.
Une figure d’inspiration à Mohammedia
À Mohammedia, située à une trentaine de minutes de Casablanca et à près d’une heure de Rabat, Fatima Wellé est devenue un repère pour de nombreux migrants sénégalais. Conseils administratifs, orientation professionnelle, encouragements moraux : elle joue souvent un rôle informel de mentor.
« Je me considère à la fois sénégalaise et marocaine », dit-elle. Cette double appartenance nourrit son ambition : créer des ponts économiques et culturels entre les deux rives.
L’entrepreneuriat comme mission
Pour Fatima Wellé, entreprendre n’est pas seulement un moyen de réussir individuellement. C’est une mission : démontrer qu’une femme issue de la diaspora peut créer, investir, employer et inspirer, sans renier ses origines.
Son parcours rappelle que l’émigration peut être une force quand elle s’accompagne de projets structurés et d’un engagement envers le pays d’origine. Entre Mohammedia et Dakar, Fatima Wellé construit patiemment une success-story sénégalaise au Maroc – et un modèle de contribution diasporique au développement.
Boudal NDIATH