Dans un article publié le 9 août 2026 dans Le Monde, la journaliste Coumba Kane revient sur plusieurs décennies de revendications portées par les descendants d’El Hadj Omar Tall pour obtenir la restitution du patrimoine emporté en France durant la conquête coloniale. Au cœur du dossier : les précieux manuscrits et objets provenant de Ségou, aujourd’hui conservés dans plusieurs institutions françaises.
La question de la restitution du patrimoine d’El Hadj Omar Tall connaît un nouvel épisode. Dans son article consacré au « long combat des héritiers d’El Hadj Omar Tall pour le retour du “trésor de Ségou” », publié le 9 août 2026, Le Monde, sous la plume de Coumba Kane, revient sur une revendication engagée depuis les années 1980.
Cette mobilisation familiale et patrimoniale pourrait désormais bénéficier d’un nouveau contexte politique et juridique en France, avec l’adoption, en avril, d’une loi-cadre consacrée à la restitution de biens culturels.
491 manuscrits au cœur de la revendication
Parmi les pièces concernées figure le « fonds Ségou », conservé à la Bibliothèque nationale de France. Il comprend 491 manuscrits saisis le 6 avril 1890 lors de la prise de Ségou par les forces françaises.
Selon le récit rapporté par Coumba Kane dans Le Monde, le général Louis Archinard avait investi la résidence d’Ahmadou Tall, fils d’El Hadj Omar Tall, alors qu’il recherchait le fameux « trésor de Ségou ».
Les documents furent ensuite acheminés vers la France. 585 kilos d’ouvrages, répartis dans quatre caisses, auraient ainsi été expédiés, selon les informations citées par la journaliste.
Khalid Chakor-Alami, conservateur des collections arabes et persanes de la BNF, considère ce fonds comme particulièrement important. Il souligne notamment sa valeur historique et intellectuelle.
Une bibliothèque exceptionnelle constituée au fil des voyages
Dans son article, Le Monde rappelle également le parcours d’El Hadj Omar Tall, figure religieuse et politique majeure de l’Afrique de l’Ouest au XIXᵉ siècle.
Né entre 1794 et 1797, le guide soufi avait constitué au cours de ses voyages au Moyen-Orient et en Afrique une importante bibliothèque. Des Corans, dictionnaires et recueils de poèmes en peul, bambara ou swahili figurent parmi les ouvrages liés à cette collection.
Pour Khalid Chakor-Alami, cité par Coumba Kane, cet ensemble constitue une véritable « capsule temporelle », permettant de documenter les échanges intellectuels, religieux et culturels qui traversaient alors plusieurs régions d’Afrique et du monde musulman.
Des bijoux et objets religieux également concernés
Le patrimoine de Ségou ne se limite cependant pas aux manuscrits.
Au Musée du quai Branly, treize caisses de bijoux sont également mentionnées dans le dossier. Bracelets, bagues et porte-Coran figurent parmi les objets conservés.
Selon Gaëlle Beaujean, responsable des collections Afrique, ces pièces permettent notamment de retracer la circulation des techniques et des savoir-faire au sein du monde islamique.
Le volet humain de la conquête
Le dossier évoqué par Le Monde comporte également une dimension humaine.
Coumba Kane revient notamment sur le destin d’Abdoulaye Tall, petit-fils d’El Hadj Omar Tall. Âgé d’une dizaine d’années au moment des événements, il fut envoyé en France contre son gré.
Il deviendra le premier Africain admis à Saint-Cyr, avant de mourir à seulement 20 ans. Sa dépouille ne sera rapatriée qu’en 1995.
Cette histoire rappelle que le déplacement du patrimoine de Ségou ne concerne pas uniquement des manuscrits ou des objets. Il s’inscrit dans une histoire plus large de conquête, de déplacement forcé et de confiscation.
Le sabre déjà revenu au Sénégal
Un premier geste de restitution avait déjà marqué ce dossier.
En 2019, la France avait remis au Sénégal le sabre attribué à El Hadj Omar Tall. La cérémonie organisée à Dakar s’était déroulée en présence de l’ancien président Macky Sall.
Les héritiers souhaitent désormais aller plus loin et obtenir le retour d’autres pièces associées à l’histoire de leur famille.
« Il est temps qu’ils reviennent »
Interrogé par Le Monde, Thierno Madani Tall, khalife de la communauté omarienne, voit dans le nouveau cadre français une occasion historique.
Pour lui, la restitution ne doit pas seulement être considérée comme une opération patrimoniale. Elle doit également permettre de rétablir une partie de la vérité historique autour de la figure d’El Hadj Omar Tall.
Le khalife déplore notamment que son ancêtre soit souvent présenté principalement comme un homme de guerre, alors qu’il était également un érudit et un guide religieux.
À travers cette revendication, les descendants d’El Hadj Omar Tall demandent donc non seulement le retour d’objets conservés en France, mais aussi une reconnaissance plus complète de l’héritage intellectuel, religieux et culturel laissé par leur ancêtre.
Boudal NDIATH