La neuvième édition du Festival international de journalisme s’est ouverte ce vendredi 11 juillet à Couthures-sur-Garonne (Lot-et-Garonne), dans un contexte marqué par des préoccupations croissantes autour de la liberté d’informer. Pendant trois jours, professionnels des médias, chercheurs et citoyens échangeront autour des défis contemporains du journalisme, avec en toile de fond des menaces persistantes, tant en France qu’à l’étranger.
Malgré une chaleur accablante, ce sont plus de 3 000 personnes qui ont fait le déplacement pour assister à cette première journée riche en débats, conférences et témoignages. Parmi les temps forts, une intervention très attendue de Riss, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, dix ans après l’attentat qui a endeuillé la rédaction.
Parmi les grandes thématiques abordées cette année figure la montée en puissance d’un journalisme d’opinion au détriment du journalisme de terrain et de vérification. Une tendance qui inquiète nombre d’acteurs du secteur, à l’image de l’historien de la presse Alexis Lévrier. Selon lui, la place de plus en plus dominante accordée à l’éditorialisation transforme la relation du public à l’information : « Le commentaire a pris le pas sur le réel. On assiste à une forme de légitimation du “je” au détriment du factuel », alerte-t-il, évoquant notamment l’influence de groupes comme celui de Vincent Bolloré sur les rédactions françaises.
Sur le plan international, la figure de Donald Trump a, sans surprise, cristallisé de nombreuses discussions. De retour à la Maison-Blanche, l’ancien président américain continue de défier les médias traditionnels, préférant s’exprimer via sa propre plateforme, Truth Social. « Il mène une guerre culturelle où l’université et les médias sont devenus des ennemis à abattre », résume le journaliste Pierre Haski. Selon l’historienne Maya Kandel, Trump n’a plus besoin de la presse classique pour imposer sa vision : son influence directe sur l’opinion passe désormais par d’autres canaux, moins régulés.
D’autres exemples internationaux – de l’Argentine à la Hongrie – ont été évoqués, illustrant une tendance plus globale : la remise en cause des services publics d’information par des pouvoirs populistes ou autoritaires. Une offensive coordonnée contre la liberté de la presse, souvent habillée du discours sur la « liberté d’expression ».
En parallèle, des témoignages ont mis en lumière le malaise grandissant au sein des rédactions françaises. Les rachats successifs de titres emblématiques par de grands groupes économiques ont poussé de nombreux journalistes à démissionner. Dans certains cas, ces départs s’accompagnent de clauses de silence strictes, interdisant toute critique publique de leur ancien employeur. Selon Reporters sans frontières, près de 500 journalistes seraient concernés par ces accords, notamment dans des médias appartenant au groupe Bolloré.
À Couthures, entre inquiétudes, réflexions collectives et désir de réinventer le métier, la profession continue malgré tout à défendre les principes fondamentaux du journalisme. Un combat plus nécessaire que jamais.
Boudal NDIATH