En marge des commémorations du 80ᵉ anniversaire de l’Organisation des Nations Unies (ONU), le Président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a adressé un message clair au Fonds Monétaire International (FMI). Dans une interview exclusive accordée à France 24, il a exhorté l’institution à accélérer ses processus décisionnels :
« Nous voulons que le FMI presse le pas pour que nous sachions sur quel pied danser ! »
Derrière cette interpellation se dessine une réalité bien connue des pays en développement : face aux crises économiques, l’urgence sociale ne peut attendre la lenteur des procédures internationales.
Créé en 1944 dans un contexte de reconstruction post-Seconde Guerre mondiale, le FMI vise à stabiliser le système monétaire international. Toutefois, ses interventions sont souvent assorties de conditionnalités rigoureuses : réduction des déficits publics, privatisations, ou encore politiques d’austérité. Certes, ces réformes visent à restaurer la confiance des marchés, mais elles pèsent lourdement sur les populations.
Les exemples de la Grèce, de l’Argentine ou encore de la Tunisie montrent bien que si les programmes du FMI ont permis d’éviter des effondrements financiers, ils ont aussi engendré une hausse des inégalités et une fracture sociale durable.
Pour de nombreux dirigeants africains, une question s’impose : peut-on continuer à demander aux peuples de patienter face à la rigueur du FMI, alors même que pauvreté, chômage et précarité minent déjà la cohésion nationale ?
Conscient de ces critiques, le FMI a engagé depuis la crise de 2008 une réforme de ses pratiques. Il propose désormais des instruments plus souples — comme les lignes de crédit modulables — et tente d’introduire des garde-fous sociaux, en imposant des planchers de dépenses pour les services publics essentiels. Mais ces efforts restent largement jugés insuffisants.
C’est pourquoi l’appel du président Faye trouve un écho particulier. Il ne s’agit pas simplement de réclamer plus de financements, mais de demander que le FMI adapte son rythme aux réalités de terrain. Dans un monde confronté à des crises multiples — inflation, dette, instabilité financière — la rapidité d’action devient aussi cruciale que l’efficacité des mesures.
Comme le souligne le chef de l’État sénégalais, attendre peut coûter aussi cher, sinon plus, qu’agir. D’où la pertinence et l’urgence de son plaidoyer.
Boudal NDIATH