Rabat bruisse comme une ruche géante. À 48 heures de la finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal, la capitale marocaine vit au rythme du football. Les drapeaux rouges et verts flottent aux balcons, les klaxons résonnent dans les avenues, et les cafés diffusent en boucle les images de la demi-finale victorieuse des Lions de l’Atlas face au Nigeria. Mais derrière cette euphorie collective se cache une autre réalité : celle de milliers de supporters, étrangers comme locaux, engagés dans une quête devenue presque impossible — trouver un billet pour le stade de Rabat.
Autour du périmètre du complexe sportif, l’ambiance est au rendez vous . Les abords sont déjà quadrillés par les forces de l’ordre, tandis que des groupes de supporters se forment ici et là, échangeant informations, rumeurs et contacts. Entre les vendeurs ambulants de maillots, de vuvuzelas et d’écharpes, des intermédiaires circulent discrètement, téléphone à l’oreille, proposant des places à des prix astronomiques.
C’est dans ce décor que nous croisons trois jeunes Sénégalais venus spécialement de Paris pour vivre ce moment historique. Drapés dans les couleurs vert-jaune-rouge, ils arpentent les alentours du stade depuis deux jours, le regard partagé entre excitation et inquiétude.
« On a quitté Paris lundi avec un seul objectif : être dans le stade dimanche. Mais pour l’instant, on tourne en rond », confie Moussa, 27 ans, étudiant en région parisienne.
Ses deux amis, Abdoulaye et Cheikh, hochent la tête. Ils ont déjà contacté plusieurs revendeurs, mais les prix annoncés dépassent l’entendement.
« On nous parle de 500 000, 550 000, parfois même 600 000 FCFA. Et même à ce prix-là, rien ne garantit que le billet soit vrai », s’indigne Abdoulaye.
Malgré la fatigue, ils refusent d’abandonner. Chaque matin, ils retournent aux abords du stade, espérant qu’une opportunité de dernière minute se présentera.
À quelques mètres d’eux, un intermédiaire propose trois billets en catégorie 2 à 590 000 FCFA l’unité. Autour, plusieurs supporters hésitent. Certains négocient, d’autres s’éloignent, conscients du risque de se faire arnaquer.
Dans les hôtels et auberges de Rabat, l’ambiance est tout aussi tendue. De nombreux Sénégalais arrivés de France, d’Italie, d’Espagne ou du Sénégal racontent la même histoire : ils sont là, prêts à soutenir les Lions, mais sans ticket en poche.
Pourtant, l’espoir demeure. Dans les rues, on entend des chants en wolof, des slogans pro-Sénégal, et des discussions passionnées sur la tactique de Pape Thiaw face au Maroc. Même sans billet, beaucoup affirment qu’ils resteront à Rabat pour vivre la finale dans les fan zones ou devant les écrans géants.
À 48 heures du choc, une chose est certaine : la bataille pour les billets est presque aussi intense que celle qui se jouera sur le terrain. Et pour Moussa, Abdoulaye et Cheikh, comme pour des centaines d’autres supporters sénégalais, le rêve reste intact — être au stade coûte que coûte.
Boudal NDIATH (Envoyé spécial à Rabat)