Centre de référence national et sous-régional pour la prise en charge des maladies tropicales négligées à manifestation cutanée, le centre de dépistage et de traitement de la lèpre et de l’ulcère de Buruli de Pobé joue un rôle clé dans la lutte contre des pathologies longtemps restées dans l’ombre. À l’occasion du 4ᵉ Forum des médias sur les MTN, tenu à Cotonou sur le thème « De la négligence à la mise en lumière », son directeur, M. Oswald Attolou, revient sur les missions du centre, ses défis, son alignement avec la feuille de route de l’OMS et l’appel pressant qu’il lance aux médias pour sauver des vies par l’information et la sensibilisation.Haut du formulaire
Question : Monsieur le directeur, présentez-nous votre centre et les principales pathologies qui y sont prises en charge ?
Ici dans ce centre de Pobé, situé à 97 km de Cotonou, nous prenons en charge toutes les pathologies liées aux maladies tropicales négligées à manifestation cutanée. Nous sommes une équipe très dynamique et nous prenons les patients qui viennent d’un peu partout du pays et même de l’extérieur. Nous avons actuellement une capacité d’accueil de 86 lits qui est à un taux d’occupation de 100%. Nous prenons également en charge les diabétiques qui sont plus de 35% du nombre de nos patients. Nous avons des patients de la lèpre, nous avons ceux qui souffrent d’ulcère de buruli et d’autres pathologies liées à la peau. Nous avons trois services d’hospitalisation. Il s’agit de l’hospitalisation A qui accueille les patients. Après, nous avons l’hospitalisation B qui prend les patients sortis de l’hospitalisation A. C’est-à-dire lorsque le patient a été amputé, lorsqu’il a été greffé. Lorsque sa plaie est rendue propre, il va à l’hospitalisation B. Nous avons encore un service d’hospitalisation C qui ne s’occupe que des patients de la lèpre et ceux qui viennent en ambulatoire. Nous avons un service de kinésithérapie pour la rééducation fonctionnelle. Ce service nous aide à éviter des blocages au niveau des membres. Ils sont là pour la rééducation fonctionnelle. C’est ce qui fait qu’après la cicatrisation, nous avons moins de patients qui sortent avec des blocages, des membres complètement arqués, et ainsi de suite. Nous avons un bloc opératoire qui fonctionne deux fois par semaine. Nous avons un stock pharmacie où nous stockons les produits, ainsi de suite. Un laboratoire où on fait tous les examens généraux et même la biologie moléculaire. Le centre est une référence au niveau national et même de la sous-région parce que nous avons un laboratoire de référence de norme international. Et nous recevons des échantillons qui viennent d’un peu partout. Même de l’international.
On a un service social où nous avons les patients les plus indulgents. On a une école pour les tout-petits. Pendant leur temps d’hospitalisation, qui doit durer deux ans, l’école les maintient pour qu’ils ne perdent pas le niveau académique. Ils nous arrivent même de présenter des candidats aux examens. Malgré que nous soyons un centre à but non lucratif, il y a des plus indigents, des gens qui n’ont vraiment rien du tout. Et ce service social les appuie en vivres, en matériel. On va jusqu’à, pour la réinsertion, à construire des maisons pour certains patients pour leur permettre après sortie de l’hôpital de pouvoir se loger dignement.
Question : Ce centre bénéficie-t-il du soutien ou de l’accompagnement du gouvernement béninois ?
Oui, l’état béninois prend en charge l’électricité et l’eau. Ce qui n’est pas négligeable. Nous sommes sur un domaine qui a une superficie d’un hectare et demi sécurisé par l’état béninois. De façon globale, c’est ce que l’état fait, le reste c’est la fondation Raoul Follereau qui assure le fonctionnement. Nous avons un effectif fort de 60 et tous ces salariés sont soutenus par la fondation Raoul Follereau
Quels sont les principaux défis logistiques, humains et financiers auxquels le centre est confronté?
Dans un hôpital, il y a toujours des besoins. Pour le moment, la fondation Raoul Follereau nous donne l’essentiel de ce que nous avons. Chaque fois que ces besoins existent, nous écrivons à notre bailleur principal que la fondation Raoul Follereau essaie de nous aider. C’est vrai qu’il y a des promesses faites par l’état béninois qui sont toujours en attente. Nous espérons qu’ils vont pouvoir nous répondre d’ici là.
Question : Quels sont les objectifs du centre à l’horizon 2030 en lien avec la feuille de route de l’OMS sur les MTN ?
Nous sommes bien alignés aux objectifs de l’OMS sur les MTN parce que l’idée c’est qu’il y ait zéro lèpre à l’horizon 2030. Notre combat se taille sur ça. C’est pour ça que nous avons une équipe de dermatologues et d’infirmiers qui l’accompagnent sur le terrain. L’idée aussi c’est de faire la sensibilisation et de donner de la chimio-prophylaxie. C’est une technique qui permet à long terme d’éradiquer la lèpre. Nous sommes bel et bien dans cette démarche pour atteindre zéro lèpre d’ici 2030.
Qu’attendez-vous des médias ?
Que les médias nous aident à relayer l’information et à faire de la sensibilisation. Il y a encore un gros défi. Malgré tous nos efforts, les patients continuent de faire recours aux tradi-thérapeutes. Et là, ils nous reviennent dans un état catastrophique. Parce que lorsqu’ils ont une pathologie, une plaie, ils pensent que c’est une plaie banale. Et quand ils appliquent les techniques ordinaires, ça ne se guérit pas. Ils pensent directement que c’est un envoûtement. Et là, ils vont d’abord chez les tradi-thérapeutes qui prennent tout. Ils dépensent tout et c’est quand tout est complètement foutu qu’ils nous viennent très tard. Donc si les médias peuvent vraiment nous aider à la sensibilisation. Pour qu’ils comprennent que lorsqu’on a un problème, lorsqu’on est malade, il faut aller directement à l’hôpital. Je pense que nous allons pouvoir sauver l’homme. Et ils pourront s’en sortir sans séquelles. Ce serait vraiment notre souhait et notre requête à l’endroit des médias.
Propos recueillis par Mbagnick Diouf envoyé spécial à Cotonou