Huit ans après sa mise en service, l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD) peine à enclencher une dynamique de croissance à la hauteur des attentes placées en lui. En 2025, la principale plateforme aéroportuaire du Sénégal a enregistré 2,94 millions de passagers, soit une progression marginale de 0,46 % par rapport à l’année précédente. Une hausse limitée à environ 13 500 voyageurs supplémentaires, qui confirme une tendance de quasi-stagnation du trafic.
Si cette performance traduit une certaine résilience dans un contexte international marqué par la flambée des coûts énergétiques, les tensions géopolitiques et les fragilités économiques persistantes en Afrique de l’Ouest, elle soulève néanmoins de sérieuses interrogations sur la capacité de l’AIBD à jouer pleinement son rôle de levier de connectivité et de compétitivité régionale.
Des limites structurelles au-delà de la conjoncture
La faiblesse de la croissance ne saurait être expliquée uniquement par des facteurs externes. Elle met également en lumière des contraintes structurelles persistantes : une offre de destinations encore peu diversifiée, une dépendance notable à un nombre restreint de compagnies et de lignes régulières, ainsi qu’une intégration insuffisante dans les grands réseaux internationaux de correspondance.
Faute d’un positionnement affirmé sur le marché du transit régional et intercontinental, l’AIBD peine à capter les flux structurants qui font le succès des hubs les plus performants du continent. Cette situation freine son attractivité et limite son rayonnement au-delà du marché point-à-point.
Un potentiel largement sous-exploité
Le contraste est d’autant plus frappant que l’aéroport dispose d’une capacité théorique de 10 millions de passagers par an. Avec un taux d’utilisation estimé à environ 29 %, l’écart entre les capacités installées et le trafic réel met en évidence un potentiel largement inexploité. Cette sous-utilisation pose à la fois la question de la rentabilité économique de l’infrastructure et celle de l’optimisation des investissements publics consentis pour sa réalisation.
Un hub régional encore à construire
Conçu pour remplacer l’ancien aéroport Léopold Sédar Senghor et faire de Dakar une porte d’entrée stratégique vers l’Afrique de l’Ouest, l’AIBD dispose pourtant d’atouts indéniables : des installations modernes, une position géographique favorable sur les axes Europe–Afrique–Amériques et une proximité avec un pôle économique national en croissance.
Cependant, dans un environnement africain de plus en plus concurrentiel, ces avantages ne suffisent plus. En l’absence d’une masse critique de trafic de correspondance, la plateforme peine à s’imposer face à des aéroports régionaux qui misent sur des stratégies commerciales offensives et des politiques incitatives attractives pour les compagnies aériennes.
Des choix stratégiques attendus
Pour sortir de cette phase de sous-exploitation, la relance de la croissance de l’AIBD passe par des choix structurants : l’élargissement du réseau de destinations, le renforcement des partenariats avec les compagnies long-courriers, une meilleure articulation avec la stratégie nationale de développement touristique, ainsi qu’une amélioration continue de l’expérience passager.
Au-delà des performances aéroportuaires, l’enjeu est fondamentalement macroéconomique. La capacité du Sénégal à s’affirmer comme un hub régional de services, de tourisme et d’affaires dépend en grande partie de l’efficacité de sa principale porte d’entrée aérienne. Dans cette perspective, la simple stabilisation du trafic ne saurait constituer un objectif suffisant.
Les prochaines années seront décisives pour déterminer si l’AIBD peut dépasser la phase actuelle de sous-utilisation et s’inscrire dans une trajectoire de croissance durable, à la hauteur des investissements réalisés et des ambitions stratégiques affichées lors de son lancement.
Boudal NDIATH