Pendant quarante-huit heures à Nairobi, l’Afrique de l’Est et de l’Ouest ont croiséleurs expériences, leurs données et leurs voix pour dire non aux mutilations génitalesféminines. Réunis autour de The Girl Generation – Africa Led Movement (TGG-ALM)accompagné du Hub Data de Population Council, décideurs publics, survivantes,chercheurs, journalistes et leaders communautaires ont affirmé une conviction forte :l’éradication des MGF d’ici 2030 est possible, à condition d’investir durablement et de
placer les survivantes au cœur de l’action.
Les 3 et 4 février 2026, la capitale kényane a accueilli le Forum régional
d’apprentissage et de partage de données, une rencontre stratégique initiée par The GirlGeneration – Africa Led Movement (TGG-ALM) et le Data de Population Council. Desdizaines de délégués venus d’Éthiopie, du Kenya, du Sénégal et du Somaliland ont répondu présent : représentants des ministères concernés, organisations de la société civile engagéescontre les mutilations génitales féminines (MGF) et les violences basées sur le genre (VBG),chercheurs, partenaires au développement, journalistes, leaders communautaires et surtoutnsurvivantes.

Cette rencontre régionale s’inscrit dans le cadre de la préparation de la Journée
internationale de tolérance zéro à l’égard des MGF, célébrée chaque 6 février, autour du thème mondial : « À l’horizon 2030 : pas de fin des mutilations génitales féminines sans engagement et investissement durables ».
Tous les acteurs réunis ont parlé d’une seule voix : les progrès sont réels, mais
fragiles. Au nom du Conseil Anti-FGM du Kenya, sa présidente, Mme Ipato Surum, a rappelé que si la prévalence des MGF est passée de 21 % en 2014 à 15 % en 2022, les survivantes continuent de payer un lourd tribut social. « Malgré ces avancées, les survivantes font toujours face à la stigmatisation, à l’isolement et à l’épuisement émotionnel », a-t-elle déploré. Pour les participants, l’enjeu est désormais clair : mieux faire connaître les résultats positifs, partager les preuves émergentes et accélérer la transformation des normes sociales qui perpétuent cette pratique.
Les échanges ont mis en évidence un consensus fort : l’arsenal juridique, à lui seul, ne
mettra pas fin aux MGF. Pour Mme Caroline Lenturupu, responsable à la Commission nationale pour l’égalité des genres (NGEC – Kenya), la solution est ailleurs : « Mettre fin aux MGF exige un engagement communautaire durable, des approches centrées sur les survivantes, des mécanismes solides de redevabilité et l’implication effective de secteurs clés comme l’éducation, la santé, la justice et la protection sociale. » Même son de cloche du côté de Jacinta Muteshi, d’équipe de The Girl Generation : « Il ne s’agit pas seulement de fournir des ressources, mais de s’assurer que les initiatives disposent de mécanismes forts de
transparence et de redevabilité. » Les riches échanges durant ces deux jours ont permis de partager beaucoup d’informations sur la prévalence des MGF, la capitalisation des meilleures pratiques communautaires.
l’analyse des cadres politiques, juridiques et institutionnels, l’identification des lacunes definancement, de coordination et d’application des lois entre autres. Les débats ont confirmé que, malgré les progrès, les MGF restent profondément enracinées dans des normes sociales

sur la prévalence des MGF, la capitalisation des meilleures pratiques communautaires
l’analyse des cadres politiques, juridiques et institutionnels, l’identification des lacunes definancement, de coordination et d’application des lois entre autres. Les débats ont confirmé que, malgré les progrès, les MGF restent profondément enracinées dans des normes sociales
néfastes, exigeant des investissements de long terme dans la prévention et le renforcement des systèmes. Moment fort du forum : le témoignage poignant de Dieynabou Sow, jeune leader sénégalaise, fille championne du programme TGG-ALM, présidente des clubs de jeunes filles de la Fédération Yaakar Niani Wouli (FYNW de Koussanar), de l’association Arr Djigueen et chargée des droits des femmes à Activista. «Nous vivions depuis longtemps avec les conséquences de l’excision sans en connaître la cause réelle. Le programme TGG-ALM nous
a permis de comprendre notre histoire, notre corps et nos droits. Il nous a surtout donné la force de transformer notre douleur en engagement.» Son témoignage a mis en lumière les défis persistants : résistances socioculturelles, réticences de certains leaders religieux et anciennes practiennes de l’excision, manque d’accompagnement psychologique, absence de centres dédiés aux survivantes, difficultés d’accès aux zones reculées et peur de dénoncer. À travers son parcours, Dieynabou Sow illustre la philosophie du programe TGG-ALM, mis en œuvre par unconsortiumd’organisations dont ActionAid Sénégal, Options Consultancy Services, Amref : former, accompagner et rendre visibles les survivantes pour qu’elles deviennent des actrices du changement. « Ce programme nous prépare à devenir des leaders capables d’influencer positivement nos communautés et de porter la voix des filles »,
a-t-elle souligné.
Au terme du forum, un message clair s’est imposé : l’élimination des MGF d’ici 2030
est possible, mais seulement au prix d’un financement pérenne, d’une volonté politique affirmée, de preuves crédibles et d’une action coordonnée menée par l’Afrique. Mettre fin aux MGF n’est pas seulement une urgence sociale ou culturelle. C’est un impératif de droits humains, d’égalité de genre et de santé publique, qui appelle une responsabilité collective des gouvernements, de la société civile, des communautés et des partenaires au développement, pour protéger la dignité et l’autonomie corporelle des filles et des femmes
Mbagnick Diouf, envoyé spécial à Nairobi