Ce 12 mai, sous un soleil de plomb annonçant midi, une ambiance particulière règne à Médina Fass Mbao, dans la banlieue dakaroise. Entre éclats de rire, discussions animées et gestes minutieux autour de billets soigneusement comptés, les membres du groupement féminin « And Taxawu Sunu Ndiabote » se retrouvent pour un moment devenu symbolique : l’ouverture et le partage de leur caisse d’épargne communautaire.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet EJ2 « Parrainage et protection des enfants des communautés les plus vulnérables de la région de Dakar », mis en œuvre depuis 2009 par le Secours Islamique France (SIF). À travers ce programme, 22 groupements de femmes tutrices d’enfants orphelins bénéficient du mécanisme des Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC).
Chez la présidente du groupement, les femmes arrivent progressivement, vêtues de magnifiques boubous assortis. Deux modèles différents, mais un même tissu, symbole d’une cohésion forte et d’une solidarité assumée. Sur la terrasse, l’atmosphère est chaleureuse, presque festive, même si l’organisation reste rigoureuse.
Les célèbres carnets jaunes des AVEC sont alignés avec soin. Deux secrétaires consignent méthodiquement chaque opération pendant que les billets et les pièces sont comptés sous le regard attentif des membres et des équipes du SIF, garantes de la transparence du processus.
Après près d’une demi-heure de vérifications, le verdict tombe : les membres se partagent la somme de 6 878 000 FCFA. Un montant important obtenu grâce à plusieurs années d’efforts et à une discipline d’épargne instaurée depuis 2023.
Pour Arame, présidente du groupement, le chemin parcouru est immense. « Nous avons démarré cette initiative avec une cotisation de seulement 100 FCFA. Aujourd’hui, nous sommes passées à 1 000 FCFA par membre », explique-t-elle avec fierté.
Elle souligne également le rôle déterminant du SIF dans cette évolution : « À nos débuts, nous n’avions pas beaucoup de moyens ; nous nous contentions simplement de cotiser entre nous. Mais lorsque le Secours Islamique France est intervenu, il nous a apporté un appui important, notamment à travers la mise à disposition de la caisse AVEC et de nattes. Cela nous a été d’un très grand soutien. »
Au-delà de l’épargne, le système permet aussi aux membres d’accéder à de petits prêts internes afin de financer des activités génératrices de revenus ou faire face à certaines urgences familiales.
Pour ces femmes, majoritairement veuves et tutrices d’enfants orphelins, chaque économie réalisée représente un espoir supplémentaire pour leurs familles. Fatou, secrétaire générale du groupement, insiste sur l’impact concret de cette solidarité : « Nous rendons grâce à Dieu, car ce système d’AVEC est très bénéfique pour nos familles. Lors des cérémonies de partage, nous voyons la joie de nos enfants. Grâce à cette épargne, ils peuvent avoir de nouveaux vêtements et des chaussures, surtout à l’approche de la Tabaski. »
Elle poursuit : « Tout ce que nous faisons vise avant tout à répondre aux besoins de nos enfants. »
Cette dynamique de solidarité dépasse largement Médina Fass Mbao. À Diamaguène Sicap Mbao et dans plusieurs quartiers de Dakar, d’autres groupements accompagnés par le projet EJ2 développent les mêmes mécanismes d’entraide et de gestion collective de l’épargne.
À travers ces AVEC, les femmes renforcent progressivement leur autonomie financière, soutiennent leurs activités économiques et améliorent les conditions de vie de leurs familles.
Les cérémonies de partage, entamées depuis le 28 avril, se poursuivront jusqu’au 22 mai 2026. Elles illustrent l’impact durable de l’accompagnement du SIF et démontrent, une fois de plus, que la solidarité communautaire demeure un puissant levier contre la vulnérabilité sociale.
Dakar express