Alors que le monde célèbre la Journée internationale des droits des femmes, une voix s’élève avec force en Mauritanie pour dénoncer l’écart criant entre les discours officiels et la réalité vécue par des milliers de femmes et de filles. Dans une déclaration au ton sans concession, la présidente de l’ONG Femme et Résilience pour les Droits Humains en Mauritanie, Seniya Yarah Allah, accuse les autorités de se contenter de célébrations symboliques pendant que les violences contre les femmes continuent de prospérer dans le silence et l’impunité.
Chaque année, le 8 mars est marqué par des cérémonies, des conférences et des déclarations officielles censées témoigner de l’engagement de l’État en faveur des droits des femmes. Mais pour de nombreuses Mauritaniennes, ces discours ressemblent de plus en plus à une mise en scène politique déconnectée de la réalité. « Les femmes mauritaniennes méritent des droits réels, pas des discours », martèle Seniya Yarah Allah, dénonçant un système qui célèbre les droits des femmes une journée par an tout en tolérant les violences et les discriminations le reste de l’année.
Des chiffres qui brisent le silence
Les données évoquées dans la déclaration dressent un tableau particulièrement inquiétant. Environ 3,9 % des femmes mauritaniennes déclarent avoir subi une violence sexuelle au cours des douze derniers mois, tandis que près de 19 % des femmes âgées de 15 à 49 ans ont été victimes de violences physiques ou émotionnelles. Chaque année, entre 300 et 500 cas de violences sexuelles sont officiellement signalés. Mais ces chiffres ne représentent que la partie visible d’un phénomène beaucoup plus vaste. Dans un contexte social marqué par la stigmatisation des victimes, la peur de représailles et l’absence de protection efficace, la majorité des violences restent tout simplement tues.
Plus alarmant encore, plus de 63 % des femmes mauritaniennes ont subi des mutilations génitales féminines, une pratique dénoncée depuis des années par les organisations de défense des droits humains mais qui continue pourtant de toucher une majorité de femmes.
Des institutions accusées d’inaction
Face à cette situation, l’ONG pointe clairement la responsabilité des institutions censées protéger les femmes. Le Ministère de l’Action sociale, de l’Enfance et de la Famille de Mauritanie, dirigé par Savia Mint Tah, est directement interpellé. Selon l’organisation, malgré son mandat de protection des femmes et des enfants, les résultats observés sur le terrain restent très loin des attentes.
Même constat du côté de l’Observatoire National des Droits des Femmes et des Filles de Mauritanie, présidé par Mahla Ahmedna. L’ONG estime que cette institution devrait être à l’avant-garde de la lutte contre les violences faites aux femmes. Or, selon la société civile, son action reste largement insuffisante face à l’ampleur du problème. Pour Femme et Résilience pour les Droits Humains en Mauritanie, la célébration du 8 mars ne doit plus servir de vitrine politique destinée à rassurer l’opinion nationale et internationale. L’organisation exige désormais des mesures concrètes et immédiates.
Parmi les priorités évoquées figurent : une protection effective des victimes de violences, une justice réellement accessible et efficace et la fin de l’impunité pour les auteurs de violences. Car pour l’ONG, la question n’est plus celle des déclarations d’intention, mais celle de la volonté politique.
L’activiste lance un avertissement clair : les droits des femmes ne peuvent pas être réduits à un slogan brandi une fois par an.
En ce Journée internationale des droits des femmes, l’organisation rappelle que la dignité, la sécurité et l’égalité des femmes en Mauritanie ne pourront devenir réalité que lorsque les discours seront enfin suivis d’actions concrètes. « Les femmes mauritaniennes n’ont pas besoin de cérémonies symboliques. Elles ont besoin de justice », conclut la présidente de l’ONG.
Mbagnick DIOUF