L’année 2025 s’annonce comme un tournant politique majeur au Cameroun, avec en ligne de mire l’élection présidentielle. Mais cette période préélectorale voit également une recrudescence des discours de haine, un phénomène devenu structurel dans la société politique camerounaise. « L’élection présidentielle de 2025 constitue à juste titre l’accélérateur de ce qui, ces 40 dernières années, est devenu, avec le concours de quelques médias classiques, un fait de structure de la société politique camerounaise et dont le tribalisme est la forme la plus emblématique », analyse Parfait Akana.
Des lois contre les discours haineux, mais une application en question
Face à cette montée des tensions, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’efficacité des lois en vigueur. Depuis 2019, le Code pénal camerounais prévoit des peines allant d’un à deux ans de prison et des amendes de 300 000 à 3 millions de francs CFA pour toute personne tenant des propos haineux ou incitant à la violence sur une base tribale ou ethnique. Cette disposition est au cœur d’une vaste campagne de sensibilisation menée depuis deux ans par le ministère des Postes et Télécommunications sous le slogan « Ensemble, barrons la voie aux discours de haine en ligne ».
Parallèlement, le Conseil national de la communication (CNC), organe chargé de la régulation des médias, multiplie les initiatives pour sensibiliser les professionnels du secteur. Séminaires, communiqués de presse, lettres d’observation et sanctions contre certains médias font partie des actions mises en œuvre.
Un défi persistant pour les autorités
Malgré ces efforts, les discours haineux continuent de prospérer dans les médias et sur les réseaux sociaux. Un responsable du CNC souligne que l’efficacité des mesures prises dépend de leur équité, de l’adhésion sincère des professionnels et de l’accompagnement rigoureux des pouvoirs publics dans leur exécution.
Si ces préoccupations ne sont pas nouvelles, elles restent néanmoins cruciales dans un contexte où l’échéance électorale de 2025 pourrait intensifier encore davantage les tensions. La lutte contre les discours de haine demeure ainsi un défi de taille pour le Cameroun, où l’enjeu est autant politique que sociétal.
Boudal NDIATH